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accueil les livres l'auteur les échos les contacts

Le Temps, Isabelle Ruff, «I scream, you scream, Ice & Cream», 6.12.2014

L’Hebdo, Luc Debraine, «Double crème», 27.11.2014

Payot-L'Hebdo, Sélection. Les meilleurs romans de l'été, Steven Lüthi, été 2014

La Gruyère, Éric Bulliard, «De corps et de cris», 26.06.2014

RTS, Télé Journal, «L'invité culturel: Julien Burri présente son nouveau roman aux deux visages», 26.05.2014

Le Nouvelliste; L’Impartial; L’Express, Laurence de Coulon, «Chacun cherche son corps», 20.05.2014

La Liberté, Thierry Raboud, «Des plumes au corps», 17 mai 2014

RTS, La puce à l’oreille, 15.05.2014

24 Heures, Lauriane Barraud, Julien Burri, écrivain, «La Der», 15.05.2014

Le Courrier, Anne Pitteloup, Cœurs en fil de fer, 03.05.2014

Le Temps, Lisbeth Koutchoumoff, «Le bodybuilding ? Un râle contre la peur de l’effacement», 3.05.2014

Tribune de Genève, Marianne Grosjean, «Julien Burri dans la peau d’un bodybuildé en mal d’amour», 3.05.2014

Site internet de Femina, Loyse Pahud, 13.04.2014

Migros Magazine, Laurent Nicolet, «La férocité en douceur», 22.04.2014

Vertigo, RTS La Première, Christine Gonzales, «Muscles et La Maison de Julien Burri », 22 avril 2014

Édelweiss, Linn Levy, «Julien Burri, Muscles», avril 2014

RTS La 1ère, Geneviève Bridel, Journal du samedi, Quartier livres, 29.03.2014 (à la 3e min.)

L’Illustré, Jean-Blaise Besençon, «Raconter autre chose que ma petite histoire...», 26.03.2014

Le Matin Dimanche, Jean-Jacques Roth, «Julien Burri se fait les muscles», 23.03.2014

24 heures, Gérald Cordonier, «L’écrivain Julien Burri dissèque les émotions jusqu’à l’excès», 21.03.2014

L’Hebdo, Isabelle Falconnier, «Cher Julien», 6.03.2014

Viceversa littérature, Françoise Delorme, «Beau à vomir», juillet 2011

La Liberté, Jacques Sterchi, «Le garçon qui révélait les désirs», 22.08.2011

Le Temps, Lisbeth Koutchoumoff, «Beau à vomir» ou le souci du corps, 30.07.2011

Femina, Loyse Pahud, «Démolition au programme», 24.04.2011

L'Hebdo, Isabelle Falconnier, «L'ode aux corps qui ont leur raison», 21.04.2011

L'Express / L'Impartial, Marta Duarte «Rapprocher les élèves de la littérature», 18.11.2010

RSR La Première, «La fourchette du dimanche» par Florence Farion. 11.07.2010

Les archives 1997 - 2009

«I scream, you scream, Ice & Cream»
Le Temps, Isabelle Ruff, 6.12.2014

« Le froid peut se combattre par un froid plus vif, le feu couve sous la glace, c’est connu. Aussi le bel ouvrage fondant qui marie aquarelles et poèmes réchauffe-t-il jusqu’au cour de l’hiver. En équilibre sur un cornet croustillant, fichées sur un bâton, les créations de Florence Grivel sont de petits arbres qui déploient la palette des parfums possibles ou rêvés. Impressions sorbet couchant, ses aquarelles s’élancent, vacillent, s’envolent en nuages, s’affaissent joyeusement en pleine page. Les poèmes de Julien Burri déclinent ses «Je me souviens»: la fusée orange et jaune qui célébrait la conquête de la Lune, les esquimaux du cinéma tendus par la main de la petite dame du Capitole à Lausanne, une traînée pistache dans les eaux vertes d’un canal vénitien, et, pour apprivoiser le temps qui passe, la régression sucrée d’un Magnum qui font aussi vite que le désir, les saisons et les jours.

«Double crème»,
L’Hebdo, Luc Debraine, 27.11.2014

Ce n’est a priori pas un livre de saison, puisqu’il évoque la jouissance estivale des glaces en cornet ou sur bâton. Peu importe. Il en appelle surtout au souvenir sensuel de la matière crémeuse dégustée à la belle saison. Cette fonte du plaisir est rendue par les aquarelles de Florence Grivel, journaliste et artiste, mais aussi par de courts textes de Julien Burri, journaliste à L’Hebdo et écrivain-poète. Le second transpose les images de la première dans une langue douce-amère, où les sentiments se mélangent à l’unisson des parfums colorés. Beau dialogue.

Les meilleurs romans de l'été
Payot-L'Hebdo, Sélection, Steven Lüthi, été 2014

Muscles suivi de La Maison

Avant de parler de l’œuvre, il est nécessaire de présenter l’ouvrage. Si Muscles est un roman, La Maison se veut une compilation de morceaux; les deux textes se présentent tête-bêche pour créer une distinction, rendant à chacun l’indépendance qu’il mérite. Passé ce constat, nous pouvons donc aborder les textes. Julien Burri prend le parti de travailler par fragments et courts chapitres lui permettant de créer des atmosphères fortes, que cela soit la solitude d’un homme lors d’un «après-midi cupcakes» organisé par son amie ou le bonheur d’une soirée d’été. À travers Muscles, Julien Burri explore la métamorphose physique d’un homme et les conséquences que cette dernière va avoir sur sa vie. Il s’agit également d’un exercice stylistique dans lequel les muscles sont aussi importants que les personnages. La Maison explore davantage l’ambiance au travers de morceaux relevant de la prose. Même si les démarches littéraires semblent opposées, il n’empêche que des thèmes similaires (l’exploitation du corps ou de l’attraction sur l’autre) créent un pont entre les deux textes. Fascinant et troublant.

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«De corps et de cris»
La Gruyère, Éric Bulliard, 26 juin 2014

Deux livres en un, tête-bêche. Pour mieux y déceler les échos, les renvois. Deux textes écrits au «tu» comme pour impliquer le lecteur, entrer plus avant dans l’intimité. D’un côté, Muscles, le roman effrayant d’un jeune homme qui tente de soigner ses blessures en sculptant son corps jusqu’à se perdre. De l’autre, La Maison abrite un amour qui s’effrite, par bribes, où chaque bref chapitre frappe dur et sec.

Dans les deux textes, le poète et journaliste vaudois Julien Burri régale par sa finesse d’écriture, son sens de l’image et du mot juste. «Tu cries dans le bois, sous la pluie, devant la falaise de molasse. Cri déroulé comme corde, jusqu’à ce que la bobine soit vide – jusqu’à plus d’airs. Cri aussitôt éteint par le paysage.« Un mélange de douceur douloureuse et de violence crue qui rend la lecture troublante, dérangeante, mais profondément marquante.

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«Chacun cherche son corps»
Le Nouvelliste; L’Impartial; L’Express, Laurence de Coulon, 20 mai 2014

Le journaliste Julien Burri publie deux livres en un. Il fait fort, comme son personnage bodybuilder, qui croit contrôler sa vie en contrôlant son corps. Cru et poétique

Le bodybuilder de Julien Burri n’a pas peur de suer, ni d’engouffrer des plats protéinés, encore moins de s’injecter des dopants. Pour lire Muscles, il ne faut pas craindre les sécrétions corporelles, ni le corps en général, qui prend toute la place, s’exhibe devant Amélie et ses copines, passe par la paternité, le deuil, une maison close et un dénouement elliptique. Pour trouver une réalité aux proportions plus justes, plus douces, il faut se tourner vers «La maison», ses perroquets, ses métaphores et son histoire d’amour.
Y a-t-il un lien entre Muscles et La Maison?
Des échos souterrains, oui. Le premier texte est l’écho du second. Le même thème les sous-tend: comment habiter le monde? Comment faire coïncider son corps, ses émotions, avec la place qu’on occupe dans le monde? Le héros de «Muscles» essaie d’habiter son corps, mais il n’arrive pas à se sentir en adéquation avec lui-même et les autres. Il travaille ses muscles jusqu’à la folie, jusqu’à la monstruosité, pour tenter d’habiter une réalité liquide dans laquelle il n’a pas de prise. Le couple de «La maison» essaie, lui, d’habiter une relation, une histoire à deux. Sans succès.
Les deux textes sont écrits à la deuxième personne. Pourquoi?
Pour rapprocher le lecteur des héros. Pour lui faire comprendre que ce bodybuilder, par exemple, n’est pas un monstre: il est comme lui. Pour impliquer, rapprocher, toucher...
La maison du texte qui porte son nom est une métaphore de la relation amoureuse. Comment une maison peut-elle prendre autant d’importance?
J’ai le sentiment que les lieux que nous occupons ou traversons, nos lieux de vie, ont une importance capitale sur nos pensées et nos échanges avec les autres. La forme du bâti formate nos pensées. Ensuite, c’est une question de point de vue: j’ai voulu décrire l’essentiel (la fin d’une histoire d’amour) par les détails, par le décor. Cela m’a permis de ne pas faire de psychologie. Je préfère les silences aux dialogues, la trace que les choses laissent en nous, plutôt que les explications.
J’aime beaucoup l’image de la fin. Jaël devient un oiseau qui se cogne aux murs. Ceux de la relation, ceux de la mémoire ou ceux du livre?
Les trois à la fois. Les lieux ont imprégné le personnage, il portera à jamais cette maison en lui. J’aime «ouvrir», «déplier» le sens, plutôt que de le réduire par des explications terre à terre. C’est pour cela que cette écriture se rapproche de la poésie. Il y a des phrases «carrefours» qui permettent au lecteur de choisir son interprétation précise. Ou plusieurs, simultanément. En tout cas, de se poser des questions par rapport à sa propre histoire, à ses émotions, ses sensations... C’est pourquoi je pense que chaque lecteur réécrit le livre.

Muscles est plus baroque que réaliste. Le narrateur travaille ses muscles de façon excessive. Est-ce une esthétique qui vous plaît?
Tous les détails (produits dopants, exercices effectués) sont documentés par une enquête que j’ai menée. Les bodybuilders sont, pour moi, dans l’excès, dans l’hyperbole. La quête d’une hypervirilité caricaturale, fantastique et baroque. Je ne fais que la mettre en scène. Cela dit, si j’aime l’excès, j’aime aussi, en même temps, l’économie: ne pas tout dire, être sec, lapidaire, elliptique, suggérer... Mon style réside dans cette tension entre économie et excès.
Il me semble que la psychologie des personnages est plus explorée à travers des rêves qu’à travers des commentaires ou un discours intérieur.
En effet, je n’aime pas la psychologie dans les fictions. Si je me livre à des analyses psychologiques de mes personnages, pour m’aider à les construire, je me garde de les donner aux lecteurs. Cela «écraserait» le texte. Le rendrait explicatif et banal.
Le narrateur a perdu sa mère, et cette perte le conditionne. Est-ce un thème qui vous tient à cœur?
J’avais envie de donner de l’épaisseur à mon héros, on montrant ce qui l’avait construit. Son passé, ses blessures, ses fissures. Sinon, il serait resté dans la caricature. Ou alors il n’aurait été qu’une image froide, lointaine, antipathique pour le lecteur. Je reviens sans cesse à l’enfance dans mes textes. L’enfance est toujours là, dans le millefeuille identitaire qui nous constitue adulte.

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« Des plumes au corps »
La Liberté, Thierry Raboud, 17 mai 2014

Deux textes accolés, dos à dos, qui semblent s’observer par-dessus la tranche d’un même ouvrage. Au lecteur, tutoyé et comme glissé dans ces pages, de choisir son entrée dans cet univers où les mots du Vaudois Julien Burri disent le corps, ses pleins, ses déliés, ses vides. En entrant par Muscles, plus intense, il découvrira le parcours d’un gamin dont la mère choisit de «passer son tour».
Contre la peur de l’indifférence du monde, l’enfant bâtit son corps frêle en rempart, assemblant comme les parties d’une carapace de superhéros ses masses musculaires. Folie du bodybuilding qui gonfle alors un corps devenu encombrant, monstrueux, turgide à force d’injections, de «shakes» protéinés, de Tupperwares numérotés et de fonte soulevée. Face à cette montagne de chair protubérante, les présences croisées ne sont que miroirs vides où pâlit un reflet toujours trop frêle, trop chétif («Ne me regarde pas, pas encore, je ne suis pas fini»). Et le corps inutile de se rêver toujours plus prégnant, dense, alors que de l’intérieur se creuse, saturé de vide, jusqu’à l’implosion finale.
Les cinquante-neuf courts chapitres de La Maison y répondent comme en écho lointain, où la rupture, aux accents autobiographiques, du corps passe au cœur. Dans une mystérieuse demeure de campagne, le narrateur guette sans cesse la présence évanescente de Jaël, mystérieux oiseleur dont l’amour s’épanche puis s’étiole peu à peu, laissant le narrateur errer dans les ruines du sentiment. Un texte en «morceaux», touchant pour dire autrement la sempiternelle rupture amoureuse.
Journaliste et écrivain, Julien Burri est entré en littérature par la poésie. Cela se ressent comme une évidence lorsque ses brefs chapitres dissèquent le corps, en détachent les muscles faisceau par faisceau. Lorsque sa prose se séquence, se fait poème, suspendant des mots dans un vide éloquent, usant et abusant des tirets d’incise qui forment autant de fines ramifications dans le tissu du discours – précisant, colorant, rythmant la pensée. Deux textes reliés à lire en un seul souffle, rassemblés qu’ils sont par une même plume pointilliste, ici brandie comme un fin scalpel, la volée aux ailes éjointées.

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« La Der »
24 Heures, Lauriane Barraud, 15 mai 2014

Il cultive sa sensibilité dans la force des mots

Sur les hauts de Cully, le vignoble verdoyant de Lavaux contraste avec les nuages, presque inquiétants, qui surplombent le Léman. Silencieux, Julien Burri – ébloui par le soleil qui se reflète sur l’eau – regarde droit devant lui. Ses yeux, d’un bleu acier, paraissent soudainement translucides.
«Tout ce qui m’entoure finit dans un livre, précise-t-il alors qu’il observe le manteau neigeux sur le sommet des Alpes. J’ai l’impression d’être vivant et riche de tout ce que je ressens.» Puis, tout en prenant un ton plus grave, d’ajouter: «Cela peut paraître banal et faire poète romantique, mais la nature est une autre source d’inspiration.»
Ce paysage de carte postale, située à quelques pas de son petit deux-pièces de Grandvaux, n’est pas l’unique abreuvoir de l’écrivain vêtent d’un simple jean et d’une chemise bleue. À trente-quatre ans, Julien Burri puise directement dans son vécu. Son troisième ouvrage, qui présente deux histoires – Muscles et La Maison, éditées tête-bêche chez Bernard Campiche –, en est l’exemple le plus significatif et sans doute le plus poignant.
«Petit, j’étais précieux, gringalet, et les autres enfants me trouvaient efféminé, ne jouaient jamais avec moi, poursuit le jeune homme, qui a grandi au Mont-sur-Lausanne. J’ai commencé la musculation à vint et un an pour montre une autre facette de ma personnalité. Je voulais faire ressortir le côté viril qui sommeillait en moi, devenir plus imposant tout en épaississant mon corps. Aujourd’hui, lorsque je ne vais pas au fitness, j’ai l’impression de perdre les contours de ma silhouette, de devenir flou, inexistant.»
Une quête perpétuelle que l’on retrouve dans Muscles, où le personnage principal – qui fréquente allègrement les salles de fitness et les bassins de piscine – se sent exister uniquement au travers du bodybuilding.
«De l’autre côté, l’écriture de La Maison a été une thérapie, qui m’a permis de faire le deuil d’une relation amoureuse. J’ai pu déposer tout ce que je ressentais sur le papier en m’inspirant directement de cette histoire, qui s’est déroulée dans une maison à la campagne. Une demeure où je n’ai jamais vraiment su trouver ma place et où il y avait toujours une forme d’attente. Aujourd’hui, avec ce livre, il ne reste qu’une belle preuve d’amour.»
C’est d’ailleurs pour un garçon de sa classe – dont il tombe amoureux à seize ans – qu’il débute dans l’écriture. Le recueil de poèmes La Punition sort une année plus tard. «C’était douloureux, car cet amour n’était pas réciproque. Fils unique, j’étais solitaire, mélancolique. Je trouvais du réconfort auprès de mes figurines «Musclor» et «Skeletor», les maîtres de l’Univers. J’ai trouvé les méchants plus intéressants que les gentils. Ils ont beaucoup plus de relief et passent leur temps à créer, à imaginer comment devenir plus forts. À mes yeux, les Stroumpfs sont insignifiants à côté de Gargamel.»
Cette dualité permanente entre force et sensibilité exacerbée, Julien Burri a décidé de l’exploiter directement sur son corps, au travers de tatouages japonais, devenus une autre passion de l’écrivain en dehors des salles d’entraînement. À tel point que Wido de Marval, son tatoueur morgien, complète petit à petit le dessin qui part de son épaule droites et aboutira, à terme, à sa cheville. «Des dragons, un griffon, des carpes et des animaux ailés côtoient des fleurs de cerisier. J’aime particulièrement cette ambivalence. Elle fait partie de moi. Je voulais garder les deux pans de ma personnalité directement sur ma peau.»
Dans son appartement, des livres sont empilés dans chaque pièce. D’autres sont soigneusement rangés dans ses deux bibliothèques, pleines à craquer. Des stylos, quelques notes griffonnées et un ordinateur trônent sur son bureau, à l’entrée du salon. «J’écris tous les matins, à six heures trente, avant de partir travailler, poursuit Julien Burri, également journaliste à la rubrique culturelle de L’Hebdo. Grâce à ce métier, je suis continuellement dans la pratique du texte. De plus, il me permet de rencontrer des gens. C’est comme une clé qui me donne accès à leur intimité.»
De manière générale, l’écriture lui permet de construire. Pour lui, les livres restent, traversent le temps. «Ils sont à la fois physiques et très abstraits, car les personnages – imaginés par chacun – vivent dans la tête des lecteurs.»

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«Julien Burri dans la peau d’un bodybuildé en mal d’amour»
La Tribune de Genève, Marianne Grosjean, 5 mai 2014

Quand nous rencontrons Julien Burri, vendredi au Salon du livre, le photographe l’attend déjà: «Est-ce que j’enlève la veste pour la photo? Ça fait peut-être un peu trop formel si je la laisse, non?» nous demande l’auteur de 34 ans de sa voix douce, les yeux clairs grands ouverts. Le Vaudois, également journaliste culturel à l’Hebdo, a quelque chose des personnages principaux de ses deux récents romans: comme eux, il accorde de l’importance au regard des autres, mais surtout à l’avis, voire à l’univers des autres. A la fin de l’interview, il s’excusera même d’avoir tant parlé de lui, et nous demandera de lui parler de notre parcours lors d’un prochain café. Son ouvrage à double entrée, intitulé Muscles d’un côté, La Maison de l’autre, est constitué de courts chapitres tenant plus du poème que du récit, rédigé avec justesse dans les détails et bienveillance dans le ton.

Dans «Muscles», vous mettez en scène un bodybuildé accro aux «prot». D’où vous est venue cette idée?

Depuis que je fréquente les fitness. Je m’y rends environ trois fois par semaine. C’est un univers très étrange, où l’on croise toujours les mêmes personnes mais où les contacts humains se réduisent à demander: «Est-ce que la machine est libre?» J’ai également dû faire une enquête dans le cadre de mon travail sur les produits dopants et développant la musculature, pas tous licites. Un bodybuildé de 50 ans m’a avoué qu’il ne faisait plus l’amour à sa femme, que tout le plaisir qu’il ressentait, c’était dans l’effort à la salle de fitness. Les bodybuildés me fascinent. Mon coach au fitness est en train de lire mon livre. Parfois, il y fait allusion sur un ton humoristique…

Colosse aux pieds d’argile, le personnage n’est jamais satisfait de son image: «Ne me regarde pas, pas encore. Je ne suis pas fini.»

Même si je suis loin de ressembler au héros, je comprends cette quête du corps parfait, qui travaille constamment les bodybuildés, mais aussi les anorexiques ou les accros à la chirurgie esthétique, et nous tous, à un certain niveau. Quand je ne peux pas aller au fitness pendant une semaine, je me sens mou, mes contours me semblent mal définis. Il y a quelque chose de très rassurant à modeler son corps: quand on prend de la masse, on s’inscrit dans le monde, on a une prestance, on existe. Il est intéressant de constater que les modèles de beauté masculins dans le cinéma, comme Thor ou Superman, présentent des formes très rondes, quasi féminines. Les pectoraux ressemblent presque à une poitrine maternelle et nourricière.

Les deux personnages centraux du double roman ne sont pas nommés, le narrateur les appelle «tu». Pourquoi?

Je voulais inclure le plus possible le lecteur. En donnant un nom à ces personnages, cela aurait réduit le champ des possibilités, peut-être tenu le lecteur à l’écart.

«Ils sont nés en captivité, ils sont habitués. » Dans «La Maison», cette phrase au sujet des aras résonne sinistrement…

J’aime bien utiliser les dictons populaires ou les phrases que l’on entend tout le temps. Dans ce cas, la maison est une cage pour les personnages; il est difficile de la quitter même si l’on en a été chassé.

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«Cœurs en fil de fer»
Le Courrier, Anne Pitteloup, 3 mai 2014

Tête-bêche dans le même volume, paraissent Muscles et La Maison, deux récits de Julien Burri marqués par une langue sobre et traversés par un même «tu» – autre manière de dire «je» et adresse au lecteur. Poète et journaliste à L’Hebdo, le Lausannois publie avec cet opus à deux entrées son troisième roman après Beau à vomir et Poupée. Muscles est une exploration en courts chapitres de ce qui pousse un homme à sculpter son corps à l’extrême, tandis que l’autobiographique La Maison, sous-titré «morceaux», juxtapose les fragments d’une vie amoureuse jusqu’à la rupture. Deux «cœurs en fil de fer», fragiles et blessés, hantent deux univers bien distincts – à découvrir dans n’importe quel ordre –, reliés pourtant par une même écriture blanche.

La Maison, celle de Jaël, est une grande bâtisse entourée de volières qui accueille le «tu» du récit. Le protagoniste arrive de nuit dans la voiture de Jaël qui lui dit, comme un présage: «L’homme est compliqué mais l’animal ne nous trahit jamais.» Des oiseaux, un grand chien, des arbres fruitiers… les jours s’étirent entre écriture et promenades dans cette solitude paisible, rythmée par les retours de l’amoureux qui travaille en ville, teintés d’inconfort quand vient l’hiver. Attentive aux sensations, aux corps, à la nature, la prose poétique de Julien Burri cisèle des fragments entrecoupés de silence et exprime la douleur par des phrases brèves, minimales. «Jaël te réveille pour te dire qu’il ne t’aime plus. Cette nuit, il dort dans son bureau. Seul dans la chambre à coucher, bouche ouverte, on dirait que tu as reçu un coup dans le ventre. a phrase est un bras métallique aiguisé.»

Le protagoniste de Muscles voudrait être un super-héros, Hulk gonflé aux protéines qui soulève des kilos de fonte. Sa mère, qui écrivait des poèmes, s’est suicidée quand il était enfant, son père est parti; adulte, il compense son sentiment de vide intérieur par l’image caricaturale d’une virilité bodybuildée. Il s’agit de se donner une forme, et une place au monde, de cultiver l’illusion du corps parfait grâce auquel «tu sais que tu existes». Mais «plus tu prends du volume, plus cela se creuse, s’évide du dedans». Il en perdra son identité, ne saura rendre sa femme heureuse, et son cœur, petit muscle enfermé dans une cage thoracique disproportionnée, finira par lâcher («toi, étendu sur le sol – les cordons des fibres contractiles soudains dénoués – ton corps soudain dénoué –». Distance et froideur s’allient ici avec la précision des idées et des images, dans une écriture griffée d’incises, sèche et sans pathos. Julien Burri trace au scalpel les contours de ce Narcisse écorché vif, décrivant ses gestes, ses actions, s’en tenant à la surface du miroir comme pour mieux signifier le vide existentiel. Glaçant.

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«Julien Burri dans la peau d’un bodybuildé en mal d’amour»
Tribune de Genève, Marianne Grosjean, 3 mai 2014

Le Vaudois, auteur de Muscles, lit des extraits de son dernier ouvrage au Salon du livre dimanche
 

Quand nous rencontrons Julien Burri, vendredi au Salon du livre, le photographe l’attend déjà: «Est-ce que j’enlève la veste pour la photo? Ça fait peut-être un peu trop formel si je la laisse, non?» nous demande l’auteur de 34 ans de sa voix douce, les yeux clairs grands ouverts. Le Vaudois, également journaliste culturel à L’Hebdo, a quelque chose des personnages principaux de ses deux récents romans: comme eux, il accorde de l’importance au regard des autres, mais surtout à l’avis, voire à l’univers des autres. À la fin de l’interview, il s’excusera même d’avoir tant parlé de lui, et nous demandera de lui parler de notre parcours lors d’un prochain café. Son ouvrage à double entrée, intitulé Muscles d’un côté, La Maison de l’autre, est constitué de courts chapitres tenant plus du poème que du récit, rédigé avec justesse dans les détails et bienveillance dans le ton.


Dans Muscles, vous mettez en scène un bodybuildé accro aux «prot». D’où vous est venue cette idée?
Depuis que je fréquente les fitness. Je m’y rends environ trois fois par semaine. C’est un univers très étrange, où l’on croise toujours les mêmes personnes mais où les contacts humains se réduisent à demander: «Est-ce que la machine est libre?» J’ai également dû faire une enquête dans le cadre de mon travail sur les produits dopants et développant la musculature, pas tous licites. Un bodybuildé de 50 ans m’a avoué qu’il ne faisait plus l’amour à sa femme, que tout le plaisir qu’il ressentait, c’était dans l’effort à la salle de fitness. Les bodybuildés me fascinent. Mon coach au fitness est en train de lire mon livre. Parfois, il y fait allusion sur un ton humoristique…
 

Colosse aux pieds d’argile, le personnage n’est jamais satisfait de son image: «Ne me regarde pas, pas encore. Je ne suis pas fini.»
Même si je suis loin de ressembler au héros, je comprends cette quête du corps parfait, qui travaille constamment les bodybuildés, mais aussi les anorexiques ou les accros à la chirurgie esthétique, et nous tous, à un certain niveau. Quand je ne peux pas aller au fitness pendant une semaine, je me sens mou, mes contours me semblent mal définis. Il y a quelque chose de très rassurant à modeler son corps: quand on prend de la masse, on s’inscrit dans le monde, on a une prestance, on existe. Il est intéressant de constater que les modèles de beauté masculins dans le cinéma, comme Thor ou Superman, présentent des formes très rondes, quasi féminines. Les pectoraux ressemblent presque à une poitrine maternelle et nourricière.


Les deux personnages centraux du double roman ne sont pas nommés, le narrateur les appelle «tu». Pourquoi?
Je voulais inclure le plus possible le lecteur. En donnant un nom à ces personnages, cela aurait réduit le champ des possibilités, peut-être tenu le lecteur à l’écart.


«Ils sont nés en captivité, ils sont habitués.» Dans La Maison, cette phrase au sujet des aras résonne sinistrement…
J’aime bien utiliser les dictons populaires ou les phrases que l’on entend tout le temps. Dans ce cas, la maison est une cage pour les personnages; il est difficile de la quitter même si l’on en a été chassé.

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«Le bodybuilding ? Un râle contre la peur de l’effacement»
Le Temps, Lisbeth Koutchoumoff, 3 mai 2014

Julien Burri trouve ses mots par le corps. Dans Muscles, il suit, entre deux levées de fonte, la quête de gonflement d’un jeune homme

Une cafétéria un peu à la marge. Le Salon du livre de Genève bat son plein ce jeudi-là. Nous nous sommes posés dans un coin excentré dans l’idée de prendre vite fait un thé du matin. Julien Burri a 34 ans, dont plus de la moitié, déjà, dans l’écriture. Il publie ces jours-ci son troisième roman, Muscles, ainsi qu’un recueil de morceaux, d’instantanés, intitulé La Maison. Entre les deux textes, édités tête-bêche chez Bernard Campiche, des liens discrets, des climats, des objets (un cœur en fil de fer), une attente, la solitude.

Julien Burri parle avec délicatesse. Des contraires et des contradictions. Muscles suit la fuite en avant d’un jeune homme, hanté par le besoin d’être vu ou d’être tout simplement et qui trouve dans le bodybuilding un moyen de souligner qu’il existe. La Maison raconte la fin d’un amour. Dans les deux textes, un même usage de la deuxième personne du singulier, ce «tu» qui raconte en deux lettres le fait d’être seul quoi que l’on fasse.

Et Muscles et La Maison se découpent en séquences, en flashs plus ou moins longs. Une marque de poète. Julien Burri est entré en poésie adolescent («ce qui est banal») et y est resté («ce qui est plus rare», s’amuse-t-il). Ses nouvelles, ses romans puisent à cette source. On y trouve cette attention à l’éclair, au surgissement. Et cette attitude discrète face aux personnages, un soin d’approcher mais de ne pas trop dire, pas démiurgique pour deux sous. «J’aimerais, un jour, savoir écrire à la façon d’un polar. Il faudrait que j’en lise plus, pour commencer», glisse-t-il tandis que la clameur du Salon tourbillonne alentour.

«Les bodybuilders se construisent, séance après séance, un corps qui incarne la force. Mais leur corps n’est qu’une image de la force. Forts, ils ne le sont pas.» Julien Burri se rend trois fois par semaine au fitness. A la longue, il a distingué, autour de lui, les corps, les peaux, les muscles à l’apparence différente, moins naturelle. Pour un reportage de L’Hebdo où il est journaliste, il se plonge alors dans l’univers susurré du dopage chez les bodybuilders amateurs.

Muscles se nourrit de cette pratique et de cette immersion. «Pour écrire, je dois partir du corps et d’une expérience qui m’a traversé. J’ai moi-même connu, adolescent, cette sensation de ne pas être fixé, ni ancré. De ne pas avoir de consistance. Je peux comprendre ce besoin d’affirmation par les muscles, cette lutte contre la peur de la disparition, de l’effacement.» Un écrivain doit-il aimer ses personnages? «Ecrire pour moi est un exercice de densification. De ce qui m’appartient ou de ce qui m’est proche et de ce qui ne l’est pas. Je n’ai pas le corps qu’il faut pour faire des muscles. Je brûle trop les graisses… C’est peut-être pour cela que je fais des livres! Mon personnage de bodybuilder m’est proche et lointain tout à la fois.»

Le roman ne se déroule pas, loin de là, qu’en salle de fitness. Les souvenirs d’enfance s’invitent, en flash-back très sensibles, et laissent une marque forte. Tout comme le personnage de la mère, tragique. Disparue, elle laisse des poèmes que le fils lit dans la chambre parentale désertée.

Julien Burri nous glisse encore le nom de Zygmunt Bauman, dont La Vie liquide l’inspire beaucoup. Pour le sociologue polonais, la toute-puissance des marchés porte atteinte aux solidarités humaines, explique l’écrivain. Dans cette perte de repères et d’attaches, la vie glisse et génère la peur. De là, cette compassion qui habite Muscles, roman désespéré du vide existentiel.

La Maison est plus clairement autobiographique. Récit de rupture, récit de survie personnelle, il se déroule du point de vue unique du narrateur-auteur. Une façon pudique de ne pas impliquer l’autre et aussi de sortir du cadre individuel. L’intérêt tient ici à cette écriture en séquences dont Julien Burri sait déployer toute la palette. La description d’un micro-instant résume le plan large que l’on devine. Quelques pages plus loin, la vision panoramique se déploie, d’un coup. Le narrateur ici ne cherche pas à habiter son corps mais une maison, celle de son amour. La rupture impliquera de quitter cette ferme ancienne, pleine de grincements et du silence de la neige tout alentour.

Cette façon de dire la passion sans jamais dire «nous», en laissant l’autre à une simple silhouette, donne un beau relief à l’exercice. Ce choix inscrit la rupture dès le début. Le texte s’enroule, même aux temps heureux, autour de l’attente et de la solitude. Façon délicate de dire le deuil.

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«La férocité en douce»
Migros Magazine, Laurent Nicolet, 22 avril 2014

Le journaliste et écrivain Julien Burri publie un livre à double face où il est question de bodybuilding, de traumatismes enfantins et de rupture amoureuse. Autour d’un plat antillais, il rappelle que manger est un bon moyen pour ne pas oublier d’exister.

L’idée qu’on puisse t’atteindre n’importe quand pour t’annoncer une mauvaise nouvelle te rassure.» Voilà peut-être le ton Burri. Julien de son prénom, journaliste à L’Hebdo mais surtout, depuis l’âge de 17 ans, auteur publié, en prose comme en vers, de recueils, nouvelles, romans et autres «morceaux». Le tout réputé plutôt féroce. Dépouillé mais féroce. Comme la bombe cachée sous les géraniums, la petite goutte de curare sur la pointe d’une innocente fléchette. Le plat qu’il prépare ce soir-là s’appelle d’ailleurs un «Féroce», et il reconnaît qu’il l’a d’abord choisi pour son intitulé: J’aime bien cette notion de férocité à condition qu’elle s’accompagne aussi d’un peu de douceur.

Dans ce plat c’est l’avocat qui l’apporte, la douceur, en contraste avec le piment.» Le Féroce, il le découvre en Guadeloupe dans un petit hôtel familial qui cuisinait les produits du jardin. Ainsi la férocité, comme écrivain, ce serait d’«avoir une personnalité, un style, une sorte d’acuité, un regard qui interroge». Et puis féroce, d’accord, sauvage comme une bête, peut-être, «mais qui ne vous saute pas contre d’entrée, qui touche petit à petit, comme le piment, qui vous atteint comme une deuxième vague. Certains mots aussi peuvent brûler.» La férocité c’est aussi, alors, se prémunir contre «les clichés de joliesse, les choses décoratives sans grande conséquence».

Pour le reste en cuisine, Julien ne se veut pas un spécialiste de l’exotisme, il ferait plutôt dans les pâtes et les gâteaux, l’Italie plus sûrement que la Caraïbe. La nourriture est peu présente dans Muscles et La Maison, le double livre qu’il publie aujourd’hui, hormis les poudres et compléments alimentaires, les cupcakes et les oursons en gélatine, soumis à un traitement bien particulier. Moins en tout cas que dans son ouvrage précédent Beau à vomir – forcément. Où l’on trouvait notamment un chapitre sur un homme qui «cuisine un gâteau, une ville entière tout en biscuit et en sucre». L’occasion d’évoquer «ce côté baroque très appétissant des gâteaux mais jusqu’à en devenir presque effrayant».

La pâtisserie, il a toujours aimé. D’un bref passage à l’ECAL, où il entre après avoir présenté un faux livre de cuisine, il garde le souvenir d’un gâteau flambé, confectionné d’après celui de La Belle et la Bête,de Cocteau, et dont certains ingrédients avaient été dénichés dans un abattoir.

Les plats dont je parle dans mes livres ont quelque chose de dérangeant, suscitent une inquiétude, de l’amertume, ou alors ça donne très envie, mais des choses bizarres se cachent derrière la crème. Ou encore il y a trop de crème et on étouffe.

La littérature étant une chose, la vie une autre, Julien, face à cette vision peu rabelaisienne du bien ripailler, précise, comme pour rassurer tout le monde: «Ce n’est pas la cuisine que je fais.» Sauf que, préparant un plat, il aime bien, comme pour ses textes, «que ce soit une expérience, que cela nous travaille, nous questionne, nous fasse découvrir des choses». Sans pour autant verser dans le grand chambardement culinaire.

Comme le personnage de Muscles, Julien Burri lui aussi fréquente les salles de fitness. «Mais j’ai d’autres façons de me réaliser dans la vie – mon travail, les livres, les amis – tout ne repose pas sur le bodybuilding.» Il dit néanmoins comprendre et ressentir lui aussi, à un degré moindre, cette «volonté d’avoir une forme, d’avoir un poids, d’exister, de ressembler un peu à un cliché d’homme, à une figure masculine».

Julien Burri se considère comme un auteur qui carbure à l’instinct. «Je pars de choses qui me touchent profondément, ce n’est pas abstrait, je ne pourrais pas expliquer pourquoi je parle de fitness, de muscles, de peaux, de corps. Tout cela est souventlié à des sensations.

La construction du livre, les questions, la logique, viennent après.» Il assure encore ne pas être un intellectuel mais avoir «de l’admiration pour eux». N’avoir «pas de vision intéressante»: «Ce que je peux dire vient malgré moi, ça me dépasse, je n’ai pas envie de faire passer de message, mais plutôt de donner à voir.»

Et même sans doute un peu plus que cela. Ses livres, Julien Burri souhaiterait que les lecteurs puissent «les habiter, comme une maison justement». Un lieu qui aiderait «à regarder, à questionner notre réalité, notre modernité, qui est passionnante et bouge très vite». Au risque, la technologie aidant «d’oublier d’écouter ce que l’on ressent, d’oublier de s’occuper de nous, d’oublier d’être là, d’habiter simplement son corps, de s’interroger sur les liens humains, ce que l’on veut établir comme rapports entre nous.» La cuisine, tiens, serait un de ces moyens «de se retrouver, d’être ensemble, de ressentir les choses, les échanger, un bon moyen d’être là».

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«Julien Burri, Muscles»
Édelweiss, Linn Levy, avril 2014

À la maison, sur le lit, Amélie te caresse – tu es prêt à venir mais te retiens (…). Il faut se garder pour plus tard, il y aura mieux muscle, plus tard. Cela ne peut pas être juste ça – la vie ne peut pas être juste ça.» L’écriture renversante et poétique (rythmique), comme détachée, de Julien Burri dit la chair, la vie amortie par le muscle, l’amour sans doute aussi. De courts chapitres – «Dinette», «Couleur chair», «Des après-midi avec grand-maman» – racontent la solitude de la vie de couple et de famille. Et son livre de se dédoubler: derrière Muscles, un deuxième roman, La Maison, comme un coup de poing.

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«Raconter autre chose que ma petite histoire...»
L’Illustré, Jean-Blaise Besençon, 26 mars 2014

Le nouveau livre de Julien Burri est double, comme le poète et écrivain.

Deux textes réunis en un seul volume, parce que Julien Burri, 34 ans, n’imaginait pas les publier séparément. Mais une rare édition têtebêche parce qu’ils sont tout de même fort différents. La maison, «le plus personnel », est la ferme vaudoise qu’occupent Jaël et son compagnon, «Tu», «qui est une façon de dire je», avoue l’auteur. Ils s’aiment et puis plus. Après l’amour fou, partout, «cette nuit, il dort dans son bureau. Seul dans la chambre à coucher, bouche ouverte, on dirait que tu as reçu un coup dans le ventre.» La nature, les oiseaux, les fleurs lancent des signes au poète. Le grand chien meurt. Le canari aussi. De cette rupture douloureuse l’écrivain n’a pas fait un chant triste uniquement mais quelque chose de plus universel à la fin. Quand il note: «Cela se joue en toi désormais, en toi la vie des morts»; «Si la personne ou l’histoire ne te touche plus, «Tu» ne vas pas écrire un texte.»

Comme beaucoup d’autres, Julien Burri a commencé à écrire à l’adolescence. Et puis le jeune homme aux yeux clairs comme le ciel, à la voix douce comme une caresse, a continué, ce qui est beaucoup plus exceptionnel, comme ce prix de poésie qu’il reçoit à 17 ans. «C’est sûr que ça m’a encouragé à poursuivre.» Une enfance de fils unique, «solitaire et mélancolique», au Mont-sur-Lausanne a aussi nourri son goût pour la lecture et son pendant indispensable: «J’écris une heure tous les matins après le petit-déjeuner. Il faut se donner du temps. C’est une discipline que j’aime, mais c’est aussi un travail, ce n’est pas magique.»

Muscles, le second texte, raconte une autre histoire d’amour qui tourne mal entre un homme et sa femme. Son titre renvoie clairement à une activité, une autre discipline importante dans la vie de l’auteur: le fitness. «C’est l’idée de prendre une place, d’avoir un poids. J’ai très peur de la fragilité du corps. Je fais aussi régulièrement du yoga et de la natation.» Visible sur son portrait, un fragment du grand tatouage dont il se couvre progressivement le corps. «Pour avoir une peau… Au Japon, je passerais pour un yakuza. Sur le bras, ce sont des feuilles de cerisier. Depuis la cuisse, on sera dans l’eau…» A Grandvaux, où il vit, Julien Burri dit «qu’il y a beaucoup de lac. Et «Tu» vois bien les montagnes aussi. Il y a une porosité du paysage, comme de l’eau qui circule.» Elle irrigue naturellement son inspiration. «J’essaie d’être à l’écoute, de sortir de l’agitation. Avec des questions toutes bêtes: qu’est-ce que ça fait d’être là? La poésie m’aide à vivre l’insupportable fluidité des jours. Souvent, mes personnages ne ressentent rien. J’ai envie que les lecteurs ressentent à leur place.»

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«L’écrivain Julien Burri dissèque les émotions jusqu’à l’excès»
24 heures, Gérald Cordonier, 21 mars 2014

Deux livres en un. D’un côté, il y a La maison – un court récit composé de 58 «morceaux» très aboutis, autant de souvenirs-témoignages d’un amour fait et défait entre les murs d’une demeure à la campagne. De l’autre, le plus robuste Muscles. Ou vice versa. Car le lecteur reste libre de choisir par quelle porte il souhaite entrer dans l’univers glaçant de Julien Burri, auteur qui sait aussi se faire tendre. Il publie avec ce double récit un troisième roman, après Je mange un bœuf et Poupée, plusieurs recueils de poésie et les nouvelles de Beau à vomir. Une bibliographie déjà fournie pour le Lausannois, né en 1980 et journaliste à L’Hebdo, deux fois lauréat du Prix des jeunes auteurs à 17 et 18 ans.
Muscles – écrit en premier – est l’histoire d’un enfant qui, dès son premier abonnement de fitness, cherche compulsivement à devenir un super-héros pour rechercher sa mère, décédée dans l’indifférence d’un père absent. L’histoire d’un homme qui s’efforce à devenir un archétype pour fasciner son amoureuse. Mais on est très loin des comics.
Anabolisants, régimes diététiques, fonte soulevée. Plus il gonflera, plus il se videra. Plus il cherchera à «rendre l’âme solidaire du corps», plus celle-ci s’effacera. Une aliénation des sensations, des émotions, programmée dès les premières pages, mais qui peine à garder toute son intensité au fil du récit.
Mais Julien Burri est avant tout un poète. Son talent se vérifie encore une fois avec ces deux textes adressés à une deuxième personne du singulier et ciselés en prose. Une prose qu’il ose malmener de tirets, de césures pour préciser une idée ou mettre au jour la complexité. Dans La maison comme dans Muscles, chaque phrase se savoure pour l’habilité du verbe, pour la précision des mots – souvent crus, parfois culs – et le regard acéré avec lesquels l’auteur dissèque les corps, les matières ainsi que les relations humaines. C’est là un autre de ses talents. Même si cette dextérité est à double tranchant. Irritante quand le scalpel cherche trop à transgresser. Fascinante quand la lame du poète s’enfonce dans la chair ou les sentiments.

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Le Temps, «Beau à mourir» ou le souci du corps
Par Lisbeth Koutchoumoff, 30 juillet 2011

Le rapport au corps, le désir, l’attraction trouble que suscite la beauté se retrouvent au cœur de six récits.

Le rapport au corps, le désir, l’attraction trouble que suscite la beauté se retrouvent au cœur de six récits réunis par Julien Burri sous le titre de Beau à vomir. Le romancier lausannois, né en 1980, reprend là des mots tirés de Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Et dans «Pascale», qui ouvre le recueil, on retrouve bien la vanité des humains face à la mort, ce souci de la beauté du corps qui finira pourtant au cimetière, thème cher à l’auteur de Solal et du Livre de ma mère. Julien Burri déploie cette thématique par un stratagème délicat. Un personnage récurrent, Ralf, beau jusqu’à l’insoutenable, traverse chaque récit, comme une silhouette, une apparition qui engendre des ­effets cathartiques et souvent dramatiques sur les autres protagonistes.

Un climat d’étrangeté baigne l’ensemble. Julien Burri, qui a publié Poupée en 2009, un roman sélectionné pour le Prix du «Roman des Romands», sait prendre de court le lecteur et varier les rythmes. «Pascale», très touchant portrait de femme comme suspendue au-dessus de son propre corps, marque durablement.

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Femina, «Démolition au programme»,
Par Loyse Pahud, 24 avril 2011

« Les histoires: Il y en a cinq plus une qui, distillée à petits coups, tient le texte ensemble. Elles racontent des rencontres ratées, des illusions cruelles, dont celle de la beauté, des distances abyssales (« Elle ne se souvenait pas qu'il avait ce profil », Pascale de son mari avec lequel elle a passé vingt ans !) La mort se révèle plus miséricordieuse que la vie. Cela se passe ici et maintenant au royaume du Botox, du tatouage et de Madonna.
Ce qu’on en pense : L’auteur de ce roman Beau à vomir, c’est Julien Burri, journaliste à Femina. Nous avions recensé – et encensé -, son roman Poupée. On retrouve ici la grâce de son univers glaçant. Cette exploration du désir dans différentes relations et situations était un sacré pari. Résultat, on est pris dans un tournoiement de sensations et de sentiments. Et si certains ne sont pas agréables, ils interpellent toujours ».

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L'Express / L'Impartial: Rapprocher les élèves de la littérature
Par Marta Duarte, 18 novembre 2010

Le prix du «Roman des Romands» a été lancé dans toute la Suisse romande pour la deuxième année consécutive. Un projet auquel ont pris part sept élèves de l'Ecole de commerce de Saint-Imier, qui ont eu la chance de rencontrer Julien Burri, auteur du livre «Poupée», en compétition.

L'association du Roman des Romands, créée en 2009 par Fabienne Althaus, organise la deuxième édition du prix auquel participent 32 classes du post-secondaire de toute la Suisse romande, soit plus du double de l'année précédente. C'est dire si ce projet remporte du succès auprès des élèves.

Les jeunes ont lu onze livres d'auteurs suisses ou édités en Suisse, qui ont été publiés dans le courant de l'année dernière, afin de choisir leurs œuvres favorites. Celles-ci seront ensuite défendues par un délégué auprès des représentants des autres classes en janvier 2011. Suite à ces échanges, le lauréat du prix sera désigné et remportera la somme de 15 000 francs. «L'idée est que ce soit les élèves qui décident», explique David Burkhard, trésorier du comité d'organisation.

En plus de les familiariser avec la littérature contemporaine, cette initiative propose également aux élèves de rencontrer certains des auteurs, afin de partager une expérience autant bénéfique pour les élèves que les écrivains. «C'est une chance de rencontrer les lecteurs et d'être confronté à leurs réactions. En général, l'écriture se fait plutôt à distance, on n'est pas en contact avec les gens», a confié Julien Burri, auteur invité à Saint-Imier. Celui-ci semble émerveillé par ces élèves qui ont choisi de collaborer à ce projet, et qui montrent beaucoup d'intérêt pour le sujet de la discussion.

«Cela donne encore plus envie d'écrire, de participer à ce genre d'expérience. C'est très valorisant d'être lu par des gens qui ne seraient sûrement jamais tombés sur mon livre sans ce concours», affirme Julien Burri.

Les jeunes, curieux et ravis de partager ce moment de convivialité avec l'invité, en ont profité pour poser toutes leurs questions et faire part de leurs remarques. «J'adore lire! Et le roman devient plus clair quand on rencontre l'auteur, c'est très intéressant», a commenté Rocio, une élève enthousiaste par cette expérience. Cette rencontre était également l'occasion pour les étudiants de dévoiler leur travail, l'une des élèves a lu deux de ses poèmes à l'écrivain, qui les a attentivement écoutés. «Je voulais l'avis d'un professionnel, et là ça me pousse à continuer», a expliqué Valentine.

Cette initiative, qui se renouvellera, a pour but de promouvoir la lecture auprès des jeunes et de leur montrer qu'il n'y a pas que les grands classiques, mais qu'il existe aussi une importante littérature romande et actuelle.

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