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RSR La Première, «La fourchette du dimanche» par Forence Farion. 11.07.2010 de 12h à 12h30.

RSR, Espace 2, «Entre les Lignes», interview dans le cadre de la semaine du goût.
Louis-Philippe Ruffy revient sur «Je mange un boeuf». 15.09.2009, de 11h à 11h30

«Scène Magazine», critique de «Poupée» par Laurence de Coulon. 01.11.2009

TSR, le journal de 19.30, interview sur le phénomène Mylène Farmer, Viviane Gabriel. 04.09.2009

Swissinfo, «Une drôle de poupée», Rolf Kesselring. 23.08.2009

Le Temps, «Un garçon dans une poupée», Eléonore Sulser. 08.08.2009

Le Passe-Muraille, «Comme un Pinocchio martyrisé», Bruno Pellegrino. 07.2009

La Liberté, Laurence de Coulon, L'enfant dévoré, ou la famille selon Julien Burri. 27.06.2009

Coopération, Jean-Dominique Humbert, Zooms lancinants sur l’enfance. 16.06.2009

L'Hebdo, Isabelle Falconnier, «Récits sur assiette». 20.05.2009

Radio Suisse Romande, Espace 2, Entre les lignes, Florence Grivel, «Poupée de vie, poupée de sang», 18.05.2009

Ephémerveille, blog littéraire de Lucas Vuilleumier, La poupée qui fait non. 17.05.2009

Marianne Huguenin parle de «Poupée» dans l'émission «Tard pour bar». 14.07.2009 à 22h50

Présentation et lecture de «Si seulement» au Musée jurassien d’art et d’histoire (MJAH) à Delémont. 07.05.2009

Interview sur Radio Fréquence Jura (RFJ). 07.05.2009, à 8h30 et à 13h15

Le Quotidien Jurassien, Yves-André Donzé, «Julien Burri, où le sentiment du lien». 02.05.2009

Terre et Nature, Léo Bolliger, «Les mots qui relient». 05.03.2009

Femina, Loyse Pahud, Petit-fils et fils-objet. 19.04.2009

Françoise Delorme, Si seulement, publiée sur le site Culturactif. 03.2009

Ephémerveille, blog littéraire de Lucas Vuilleumier, Si seulement. 20.01.2009

Femina, Véronique Krähenbühl, Si seulement. 21.12.2008

Reportage de «portrait de Julien Burri» TVRL, sur youtube
. 24.11.2008

T
êtu, Lausanne vue par les Lausannois. 01.2008

Tagblatt de St-Gall, Junges Schreiben in der Schweiz, Roland Maurer. 2
9.07.2007

Zürcher Landzeitung, Junges Schreiben in der Schweiz, Roland Maurer. 26.06.2007

L'anthologie de la poésie romande d'hier à aujourd'hui, Jacques Küpfer et C. Delafontaine-Küpfer. 05.2007

Impressions d'un lecteur à Lausanne, Jean-Louis Kuffer, Bernard Campiche. 05.2007

Radio Jura Bernois, le festival de poésie de Tavannes. 28.03.2007

Pref, Le sexe Rastaquouère (portefolio de Yann Amstutz). 04.2007

Le Matin Bleu, L’altersexualité (une photo de Yann Amstutz). 28.02.2007

360°, Polémique, Stress est-il pédé ? Cathy Macherel. 04.2005

24 heures, Léo Bolliger, Glaneur de trésors éphémères. 18.08.2004

La Presse Riviéra-Chablais, Mireille Schnorf, Jusqu’à la transparence. 24.06.2004

Extrait de «Jusqu'à la transparence» traduit en portuguais (Brésil) par Prisca Agustoni, dans la revue on-line Sibila

24 heures, Michel Rime, Ecrire sur la ville, oui, mais pourquoi ? 21.05.2004

L’Hebdo, Spécial salon du livre et de la Presse de Genève, Rubrique : «Rendez vous». 04.05.2004

Le Temps, Marion Graf, Jusqu’à la transparence. 01.05.2004

RSR Espace 2, Entre les lignes, Les livres fétiches de Julien Burri, Louis-Philippe Ruffy. 2004

24 heures, Jérôme Ducret: Littérature gay, une analyse pertinente. 07.04.2003

RSR Espace 2, Nota Bene, Les livres fétiches de Julien Burri, Louis-Philippe Ruffy. 03.07.2002

La Distinction, Anne Bourquin-Büchi, Qui mange un œuf mange un bœuf. 06.2002

360°, Yann Gerdil-Margueron: La bête qui monte. 12.2001

Le Temps, Guerre à L’Amérique, réactions en Suisse romande. 12.11.2001

Têtu, Baptiste Liger: Je mange un bœuf. 11.2001

Le Littéraire N°15-16, Jean-Raymond Tschoumi: Julien Burri: Je mange un bœuf. 11.2001

TVRL, Tam-Tam. 25.09.2001

Le Temps, Isabelle Rüf: Notes de lecture. 22.09.2001

24 heures, Jean-Louis Kuffer: De bons morceaux. 11.09.2001

L'Hebdo, Isabelle Falconnier: Règlements de comptes, rubrique «les gens», 06.09.2001

La Presse Riviéra-Chablais, Mireille Schnorf: Je mange un bœuf. 06.09.2001

tanz-danse.ch, Sylvie Zaech: Dire la danse, danser les mots. 17.08.2001

RSR Espace 2, Entre les lignes, Isabelle Rüff et Louis-Philippe Ruffy. 23.06.2001

La Distinction, Maud Luisier: Roux, bai, ras l'âne rouge. 12.06.2001

TSR1, «Entrer sans sonner», Jean-Louis Claude. 22.05.2001

L'Hebdo, Isabelle Falconnier: Littérature: enfants gâtés de Suisse romande. 25.01.2001

La Liberté, Monique Laederach: La poésie prise à rebours. 06.01.2001

Le Temps, Isabelle Martin: Les écrivains vus par eux-mêmes. 25.11.2000

La Presse Riviéra-Chablais, Mireille Schnorf: Journal à Rebours. 23.11.2000

RSR Espace 2, «Entre les lignes», Isabelle Rüf. 15.05.1999

L'éveil culturel, Sophie Laissue: La plus jeune voix de Soleure cette année. 04.1999

Le Temps, Elisabeth Chardon: Julien Burri, poète de 19 ans. 12. 04.1999

Le Courrier, Nathalie Ferrand: Julien Burri a su séduire dans «L'ombre des étoiles». 16.10.1998

Radio Suisse Romande, «Les Enfants du Troisième». 30.04.1998

L'Hebdo, Sabine Pirolt: Quand les ados taquinent la muse. 24.12.1997

Radio Suisse Romande Espace 2, «Toiles de son», Jean-Michel Meyer. 16.11.1997

Radio Suisse italienne, «Attualità Culturale», Pierre Lepori. 14.11.1997

24 heures, Gilbert Salem: Un Lausannois de 17 ans remporte un prix européen. 17.10.1997

Coopération, Henri-Charles Dahlem: La Suisse, paradis des jeunes auteurs. 24.09.199

TSR1, Téléjournal Romand, Anne-Marie de Castello. 01.09.1997

« Scène Magazine », critique de «Poupée»
Laurence de Coulon, 1 novembre 2009

"Julien Burri, jeune écrivain né à Lausanne, dérange avec son petit roman Poupée. Son personnage éponyme se fait cajoler et habiller comme un jouet par sa mère possessive : «Tu n’as pas besoin d’ami.» L’idée de signifier la relation pathologique de la mère à l’enfant en transformant ce personnage en poupée est efficace, de même que l’utilisation de détails infimes mais révélateurs sur le comportement maternel. En effet, on la voit se battre avec sa mère pour torcher son fils, et ses petites phrases en disent long : «Ce qui est bon pour moi est bon pour toi.» Le père, lui, est indifférent à souhait. Ces comportements inadéquats font cruellement jubiler le lecteur. Pourtant ces attitudes extrêmes, au bord de la caricature, sonnent très juste, et apportent beaucoup d’humour à ce livre par ailleurs dérangeant : l’enfant se réveille à la sexualité et tente des expériences qui peuvent choquer, et la famille, lorsqu’elle le surprend, l’ignore ou l’encourage d’une façon tout à fait inappropriée. Eux-mêmes sont le fruit d’une enfance douloureuse. Le frère cadet du père, non désiré et bébé malade, devient injustement préféré, et l’aîné ne parvient jamais à satisfaire ses parents. La mère, trop belle, rêve de châteaux et reporte toutes ses attentes sur son fils. Le personnage de l’enfant-poupée, le ton naïf, le vocabulaire simple et les phrases courtes suggèrent le conte. Mais le conte est cruel : à l’école, Poupée joue toujours avec des filles, et les garçons l’en punissent par la violence. Pendant son adolescence, il souffre de sa solitude, mais parvient à se dégager de l’emprise de sa mère, qui le lui reproche : elle aurait voulu que son fils ne grandisse jamais.
Julien Burri traite son sujet avec une grande originalité. La construction de l’identité sexuelle peut être problématisée de mille manières, et l’auteur a choisi la voie du magique, de la satire, de l’humour et du contraste. Les personnages ont beau tenir du stéréotype, la mère possessive trop belle et déçue par la vie, le père qui travaille trop, ils ont l’air vrais, et le personnage de Poupée donne un ton unique à cette famille tordue. Julien Burri s’est créé un monde bien particulier et son petit livre, merveilleux, drôle et dérangeant est une réussite."

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« Un garçon dans une poupée »
Eléonore Sulser, Le Temps, 8 août 2009

Après «Je mange un bœuf», le Lausannois Julien Burri s’enferme avec «Poupée» dans une peau de porcelaine.
Le texte est bref, le verbe efficace. Julien Burri propose avec Poupée un petit roman étouffant, qui enferme son protagoniste – Poupée – dans des parois de porcelaine, derrière des petits yeux de verre: «Poupée construit sa coquille, s’enrobe avec des couches de nacre de plus en plus épaisses.» C’est le drame, assez banal, de l’enfant couvé, rêvé, fagoté par sa mère, livré aux femmes et à leurs jeux vénéneux. Vertiges, angoisses, égoïsme, Julien Burri convoque tous les clichés du genre jusqu’à la caricature, jusqu’au kitsch, livrant Poupée aux délires des désirs parentaux, aux incertitudes du sexe (fille? garçon?), aux faiblesses faussement toutes-puissantes de l’enfance, au parfum de la mort omniprésent. Etrange et parfois désagréable impression d’enfermement pour le lecteur, mais tension constante que l’auteur lausannois, dont c’est le second récit après Je mange un bœuf, parvient à tenir. Tentative de dire, sur le mode du conte cruel, quelque chose d’un malaise qui perdure une fois Poupée grandi et le livre refermé.

« Comme un Pinocchio martyrisé »
Bruno Pellegrino, Le Passe-Muraille, juillet 2009

C’est par la poésie que Julien Burri, né à Lausanne en 1980, est entré en littérature. Après un premier roman, Je mange un bœuf, publié en 2001, Poupée sort ces jours chez Campiche, et confirme, en prose, une écriture directe et dense.

Poupée vit avec ses parents – sa maman au visage beau « comme un tableau mouvant », son papa que sa propre mère dit avoir raté – et ses grands-parents, dans une « maison de nains ». Poupée fait du patinage artistique ; sa mère croit très fort en son « génie précoce » ; à l’école, on lui tire les cheveux. Poupée est un jouet, avec ses beaux habits, sa voix aiguë, sa belle obéissance à tout ce qu’on lui dit : tu es un ange, rhabille-toi, tu vas attraper froid, ça me fait de la peine de voir comme tu grandis…
Poupée est souvent triste ou en colère ; Poupée se sent sale. Il faut dire que sa maman n’aime pas sa vie, ses illusions ont mordu la poussière, et c’est Poupée qui balaie. Son papa est souvent absent, il travaille beaucoup, pour ne pas perdre maman. « Quand j’aurai les yeux bleus, papa m’aimera », pense Poupée.
Poupée est un petit garçon.

Le pantin et ses ficelles
Le deuxième roman de Julien Burri tient en moins de 70 pages. Il raconte principalement l’enfance de Poupée, qui pourrait ressembler à l’enfance de n’importe quel petit garçon (avec ses vacances, ses jeux, ses découvertes, ses voyages), s’il n’y avait pas l’incapacité à se faire des amis, la tristesse presque omniprésente, et puis ces gestes déplacés venant de sa mère, et le scandale de ce père qui le force à apprendre « comment meurt un homme »…

Jouant avec le vocabulaire du corps (applicable aussi bien à un humain qu’à un automate), Burri fait de son protagoniste un pantin manipulé, non sans empathie pour ses autres personnages – cette mère qui voit déjà son fils écrivain, qui en est si fière, qui regrette beaucoup de choses, s’excuse souvent, et lui refile ses anti-dépresseurs, et ce père à l’enfance difficile, désemparé devant ce garçon pas comme les autres, qui se dit qu’il aurait dû en faire un deuxième, pour être sûr d’avoir des petits-enfants.

Abimé et vivant
Découpé en brefs chapitres, eux-mêmes constitués de phrases simple et courtes, Poupée laisse beaucoup d’espace entre les mots, qui n’en prennent que plus de poids et d’éclat, même lorsqu’il s’agit de d'écrire l’étouffant silence qui clôt le roman. Par ses oscillations entre cruauté et espoir, et par le biais des différents points de vue utilisés pour raconter son histoire, le texte parvient à enfermer le lecteur dans une enfance étrange, dérangeante, celle d’un Pinocchio martyrisé, mais qui s’en relèvera – abimé, et vivant.

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« L'enfant dévoré, ou la famille selon Julien Burri »
Laurence de Coulon, La Liberté, 27 juin 2009

Rencontre. Le jeune écrivain vaudois nous livre avec «Poupée» une petite fable drôle et dérangeante, sur une famille aux tendances pathologiques.

Le désir d'écrire naît très tôt chez Julien Burri. Petit garçon, fils unique porté sur le rêve, il dictait à sa mère, d'une façon tyrannique, les histoires qu'il imaginait. Plus tard, son deuxième roman surgit de son esprit avec la visite de l'atelier de François Junod, automatier à Sainte-Croix. Le jeune auteur de recueils de poésie et d'un roman, Je mange un boeuf (Editions de l'Aire, 2001), est fasciné. Le personnage de Poupée, mi-automate mi-enfant, naît. «Cette rencontre a fait ressortir des obsessions qui me travaillaient. Ce personnage, cette famille sont apparus, je n'avais pas du tout l'intention de régler des comptes ou de faire une thérapie», commente Julien Burri .

Il faut dire que son petit roman Poupée a soulevé quelques réactions d'animosité envers les personnages des parents, une mère castratrice et un père indifférent. «Mon livre parle bien de mon enfance, mais à travers un angle précis. Il y en a d'autres, mais j'ai suivi la direction que m'inspirait mon personnage, il s'agit bien d'une fiction. J'ai d'ailleurs de la chance que mes parents, avec qui je m'entends très bien, soient aussi compréhensifs.» Lorsque la syndique de Renens Marianne Huguenin, dans l'émission «Tard pour bar» de la TSR, a dit à quel point les parents de Poupée étaient affreux, les parents de Julien ont eu de la peine à réaliser qu'elle parlait des personnages et non d'eux-mêmes.

Or les protagonistes du roman ne sont pas très fréquentables. La mère a tendance à réifier son fils, à le traiter comme une poupée justement, tout en l'adorant au point de se battre avec sa propre mère pour avoir l'honneur de le torcher, et le père montre peu son affection. Pendant ce temps, Poupée écrit, son histoire, celle de sa mère, celle de son père. «Au début, ces personnages ressemblaient à des silhouettes, puis j'ai essayé de leur donner plus de chair, pour montrer qu'eux aussi étaient prisonniers, ce sont presque des poupées aussi», dit Julien Burri à propos de ces personnages caricaturaux dont les excès font rire en couleurs, noir et jaune. Quant à l'ambiguïté de l'enfant, dont on ne sait trop si c'est une marionnette ou un être de chair et de sang, elle permet de donner une dimension fabuleuse à ce roman, qui n'est pas ponctué par un drame, mais traversé par une tension constante, une ambiance parfois inquiétante. «J'aime bien faire sentir sans expliquer, et j'aime bien l'idée que tout soit finalement normal dans cette famille.»

La tension naît notamment de la relation tout de même dévoratrice de la mère à l'enfant, mais aussi des explorations sexuelles de Poupée, dérangeantes. «Pourtant, je ne voulais en aucun cas choquer gratuitement. Il me semble qu'il est normal pour un enfant d'explorer sa sexualité. Simplement, c'est dit crûment, et tout est dans le contraste avec le ton généralement naïf du livre et l'idée du garçon modèle que se font les parents de Poupée. En réalité, le sexe est évacué, puisqu'il s'agit des actes d'un petit garçon, mais ça prend de la place et fait irruption dans ce joli petit monde. D'ailleurs, j'ai supprimé des passages qui relevaient du cliché ou qui ne faisaient pas partie de la sexualité d'un petit garçon, mais qui tenaient plutôt de la vision d'un adulte.»

Malgré cela, une lectrice lui a écrit pour lui dire qu'elle avait vomi à la lecture de ces scènes et n'avait pas dormi de la nuit. «Je suis désolé pour elle, mais je crois que sa réaction est tellement forte qu'elle ne vient pas que du livre, mais de son propre vécu. Cela dit, je suis flatté, j'aime faire de l'effet! Il n'y a rien de pire que l'indifférence.»

Après les explorations de l'homosexualité, viennent la solitude de l'adolescence, et le rejet de l'enfant par le père, et le livre se conclut sur une rencontre faite de non-dits entre Poupée, devenu un jeune adulte et son père. «En fait, Poupée se sauve de cette famille étouffante à travers son corps.» Ce corps trouve une autre résonance encore dans sa poésie, notamment dans Si seulement (Editions Samizdat, 2008), puisque Julien Burri estime que la différence entre sa poésie et sa prose tient en une plus grande proximité avec le corporel, l'impossibilité de tricher en se cachant derrière les masques des personnages et le désir d'éliminer le surplus lorsqu'il fait des vers. On lui souhaite d'oser un jour s'attaquer à un roman plus long, même si son travail de journaliste, tout en lui permettant d'exercer son écriture, l'oblige à créer par instants volés dans le petit matin, ce qui le prédispose aux formes courtes, d'autant plus qu'il juge que savoir écrire, c'est aussi savoir couper.

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Zooms lancinants sur l’enfance
Jean-Dominique Humbert, Coopération, 16 juin 2009


Julien Burri débarque avec un très bref roman, Poupée. Dans lequel se disent, en chapitres allusifs et déroutants, les fragments d’une enfance.

Quelle histoire que celle-là, qui file dans la brève mais intense septantaine de pages de ce roman, Poupée, mais quelle histoire! On la découvre qui se constitue, par fragments, dans ces dix-huit chapitres où l’écriture tient à distance les événements. Et les rend lancinants. La phrase ici ne commente pas: elle donne à voir. Ce qu’a vécu celui que sa mère appelait «Poupée» et qui l’enfermait dans un temps hors du monde, et l’atrophiait par ses phrases: «Il n’y a que nous, mon cœur, ils ne viendront pas. Il n’y a que nous.»
Celui que sa grand-mère nommait «biscuit» et qui dit: «Ça me fait de la peine de voir comme tu grandis.» Celui que son père appelle «le mioche». Et que ses camarades désignent dans la différence. Dans les spires initiatiques de ce récit, un monde de porcelaine se brise et fait tomber les boucles de l’enfance. Un vertige.

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« Récits sur assiette »
Isabelle Falconnier, L'Hebdo, 20 mai 2009

Corinne Desarzens le sait bien: souvent, la recette de cuisine tient lieu de fiche d’identité. Généreuse, elle a invité 17 auteurs romands à proposer chacun au lecteur son «récit sur assiette». C’est un franc succès: le recueil de textes brefs sorti de sa marmite est une collection de curiosités émouvantes, drôles et aventureuses. Du vin au litre de Daniel de Roulet au gâteau explosé de Julien Burri , du pèlerinage gastronomico-amoureux de Claude Darbellay à la vaine quête de la pacha d’Elisabeth Horem, cette balade littéraire et gourmande révèle des aspects peu connus mais ô combien significatifs d’écrivains familiers. Morale de l’histoire, selon Mary Anna Barbey, quelle que soit la recette, elle est bien meilleure lorsqu’elle est héritée de grand-maman."

« La Poupée qui fait non »
Lucas Vuilleumier, Ephémerveille, blog littéraire, 17 mai 2009

C’est l’histoire d’une poupée. Un petit garçon que sa maman a voulu beau, élégant, et aussi lisse que la porcelaine. Dans son cocon familial comme une poupée de collection conservée dans son emballage, Poupée est enfermé. Ses parents veillent à ce qu’il soit parfait, à ce que les petits rouages dans son ventre fonctionnent sans grincer.

Poupée est la chose de sa mère. Telle une petite fille pour qui un poupon est un trésor, une « poupée vivante », la mère de cet étrange petit garçon en fait son objet, un petit objet précieux qu’il ne faut pas perdre, et que la mère garde sur elle, terrifiée à l’idée qu’il pourrait se casser, changer.

Poupée, c’est l’histoire d’une enfance. Un livre aussi étrange et beau que le petit automate de la couverture est inquiétant et mignon. Etrange, oui, comme on dit de quelque chose qu’on ne parvient pas à classer, à répertorier. Comme on dirait d’une œuvre qui nous dérange autant qu’elle nous fascine.

Julien Burri publie des livres depuis ses dix-sept ans. Poète avant tout, il a fait paraître, en 2008 un recueil magnifique, Si seulement (Samizdat), que l’on pourrait considérer comme annonciateur de cette dernière parution chez Bernard Campiche. En effet, le recueil, mettant des mots de prose poétique sur le rapport entre père et fils, préfigure quelques éléments de Poupée, en cela qu’on y trouve déjà cette déception paternelle que représente la différence du fils. Des poèmes au roman, le style change, bien évidemment, mais on remarquera toutefois une commune économie de mots, dont l’effet de pureté se fait puissamment ressentir dans les deux ouvrages. Un effet paradoxal puisque, dans l’un comme dans l’autre, il est justement question de la perte de cette pureté enfantine, de cette innocence.

Mais comment perdre sa candeur lorsqu’on est une poupée ? C’est ce que raconte Julien Burri, au fil des pages, trahissant, sans vraiment d’autre possibilité, l’évidence même de ce livre, qui réside en ceci qu’il s’agit là davantage d’un petit garçon que d’une petite poupée…

Il grandit… Et ce garçon solitaire, bien qu'il reste cloîtré dans la demeure familiale, va faire l’expérience du désir, ce que Julien Burri décrit avec remarquablement, en restant toujours très allusif. Le désir comme une fuite, même si Poupée aime sa mère – il ne pourrait faire autrement…

Le temps passe et il grandit. Son corps, comme avec une certaine maladresse, se déforme. Et, de la mère, qui était omniprésente, on passe au père qui, lui, jusqu’au bout, alors que son épouse abandonne, tente de trouver le grain de sable dans les rouages de son fils : « J’ai peur que ce ne soit déjà en toi. J’ai pris des relevés, mesuré la distance entre tes épaules, la largeur de ton bassin. (…) C’est ce que je craignais. (…) La latéralisation montre que les invertis ont une préférence pour la main gauche. Je prie pour toi. » Mais, après un Rite de passage rappelant une sombre et virile coutume grecque, le fils semble persister dans sa différence, et le père n’osera plus jamais le toucher.

Poupée, véritable ovni littéraire, déconcerte par sa grande part de fantasme qui, dans un flou artistique fort intéressant, mêle étroitement les imaginaires du personnage principal et, certainement, de son créateur. Infiniment troublant, ce roman interpelle son lecteur au point même, parfois, tant les sentiments et les sensations enfantines y sont rendues avec acuité, de réveiller une part de sa propre enfance

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« Julien Burri, où le sentiment du lien »
Yves-André Donzé, Le Quotidien Jurassien, 2 mai 2009.

A peine le printemps de la poésie ferme ses portes à Tavannes que le Centre culturel de Delémont prend le relais avec son Mai littéraire. Trois écrivains seront présents trois jeudis ce mois au Musée jurassien d’art et d’histoire. Il s’agit en premier lieu d’un jeune talent, Julien Burri, qui vient jeudi prochain, puis d’une grosse pointure nationale, Hugo Loetscher, le jeudi 14 mai, et enfin de Blaise Hofman, le jeudi 28 mai.
Si les ouvrages présentés de Loetscher et Hofmann ouvrent très large sur l’ailleurs, le recueil de poésie de Julien Burri évoque «le roulement à billes du poème dévalant la pente».

Poète depuis l’âge de 17 ans

Cela n’empêche nullement le mouvement contraire, la montée du succès chez cet écrivain de 29 ans. Il avait publié à 17 ans «La Punition», un premier recueil de poèmes paru aux Editions Caractères. Et reçu le Prix international des jeunes auteurs. Après deux autres recueils et «Je mange un bœuf», un roman publié à l’Aire.

« Si Seulement », ce nouveau recueil de poésies livré chez Samizdat en 2008, porte plutôt mal son titre. Comme s’il s’agissait d’un vague spleen, d’une chose que l’on regrette, alors que tout le livre désigne une nostalgie profonde de l’être qui, tôt ou tard, va retourner à la terre ou la neige: «Tu mordras la neige», écrit-il d’entrée de poème. Qu’il ait une descendance ou pas, le passage du poète resterait éphémère s’il n’avait les mots pour garantir sa pérennité.

Une poésie sur deux axes

Les mots e Julien Burri sont ceux du père qui s’adresse au fils, lequel, par un jeu de miroir, lui retourne un reflet tissé de reproches. Il a beau chercher des ressemblances, comparer la main du père, dure, minéralisée, à celle de l’enfant qui veut retenir dans la rivière le reflet de l’homme, tout reste évanescent.

La première partie du livre propose ce mouvement descendant vers la terre, un effondrement, l’érosion, le délitement, l’activité bactérienne, le corps de l’esprit qui s’engluent avant de s’estomper et de ne devenir plus qu’une image plongeant dans un champ de blé.

A cet axe vertical, Julien Burri oppose un axe horizontal. Un autre mouvement plus rapide, irrémédiable aussi, où celui du paysage qui agonise le soir et se fait avaler quand on prend le train. Un mouvement poétique celui-là, avec des «corbeaux-boomerang» et «la nuit (qui) ventouse aux vitres».

Vers l’infini

Les deux mouvements se rejoignent au point zéro, ou dans l’infini, une éternité de «Neige pourrie», « visqueuse autour des os» après une «Marche, souffle non tenu, lumière caillée… » Alors pourquoi ce titre? Si Seulement j’aurais su, j’aurais pas venu», disait l’autre. Si Seulement je n’étais pas venu au monde, semble dire le poète dans une langue travaillée, rude, peaufinée ou «Les ombres gardent le même poids que les objets diurnes». Une langue qui cherche un liant, un sentiment de lien entre les mots, entre deux néants.

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« Les mots qui relient »
Léo Bolliger, Terre et Nature, 5 mars 2009


C’est un tout petit livre, mais ô combien précieux, ô combien dense et intense. Dans son dernier recueil, le jeune poète lausannois Julien Burri évoque les liens de la filiation, de même que ceux que l’on tisse au travers des relations amoureuses que nous nouons. Plusieurs voix se donnent à entendre dans ces poèmes de peu de mots, à commencer par celle du père qui s’adresse à son fils: «Je cherche mes mains/inscrites en filigrane/dans ta peau. » Les vers des poèmes sont comme des fils tendus entre des êtres chers et les chairs, qu’ils relient par le biais de l’adresse du dialogue ou du désir. Peuvent-ils pour autant combler l’absence et les manques, recoudre l’aujourd’hui et l’hier, le passé et le présent? «Tu t’éloignes et ton ombre grandit. /Je ferme les poings pour garder/le peu de lumière que tu laisses. » Et l’écrire, c’est déjà en sauver un peu.

« Si seulement »
Lucas Vuilleumier, Ephémerveille, blog littéraire, 20 janvier 2009

Si Julien Burri fait de son dernier recueil une introspection très personnelle de lui-même en écrivant sur sa relation avec son père, son écriture reste la même, dans l’évanescence, comme un désespoir de la finitude, ce rapport à la terre, ces vers sensoriels. Les couleurs s'effacent, les corps vascillent, le noir se fait. Et dans ces poèmes intimes s’insinue la mélancolie, qui semble, pour Julien Burri, inhérente à chaque souvenir, d’un amour, ou celui d’un jour de jeux et de soleil. Alors que tout se dérobe, l’auteur remonte aux sources. L’enfance.

Dans l’ombre paternelle, les peines et les rires, qui eux aussi cesseront bientôt. Dans Si seulement, le poète sonne le glas de l’innocence. Avec le temps viendront les abruptes vérités, auxquelles on ne peut échapper. « Plus de fils après mon fils / J’aurais dû en faire plusieurs ».

La prose de Julien Burri distille une ambiance morne, un froid glacial, que traversent subrepticement quelques rais de lune, alors que la nuit tombe sur l’être aimé. 

Les mots renaissent des cendres froides du passé, de la suie des beaux jours. Dans ce recueil écrit comme serait peinte une aquarelle aux tons pastels, délavés, et avant que « La nuit s’ouvre / s’écarte / se referme », Julien Burri se saisit de l’éphémère et esquisse la neige qui fond et devient boue.

« Petit-fils et fils-objet »
Loyse Pahud, Femina, dimanche 19 avril 2009

Le responsable de la page Livres de Femina, Julien Burri, nous offre un récit allusif et poétique sur une enfance glaçante.

Julien a 29 ans, la voix douce et des manières courtoises à peine entachées d’une touche d’ironie. Franchement, on n’imaginait pas que derrière tant d’aménité pouvait se cacher tant de violence! Car il y a des phrases terribles dans ce bref récit, carnet de l’enfance et l’adolescence d’un garçon que sa mère appelle «Poupée». Julien Burri n’en est pas à son coup d’essai, il a déjà publié quatre recueils de poèmes. Sa plume incisive en porte la marque.

Ce que dit la mère: «Tu n’as pas besoin d’amis» (Poupée suit des cours de patinage seul sur la glace) ou «Ce qui est bon pour moi est bon pour toi» (elle lui donne les médicaments que le médecin lui a prescrits) ou encore «Notre fils a un don pour raconter les histoires, il sera écrivain»…

Ce que dit la grand-mère: «Te voilà devenu un grand garçon. Quel dommage… Ça me fait de la peine de voir comme tu grandis» ou «Hein mon biscuit? Quand est-ce que ta maman nous laisse une nuit en amoureux? Tu descendras dormir dans mon lit».

Ce que dit un camarade: «Tu n’es pas comme nous».

Que fait le père dans tout ça ? Rien. Très absorbé dans la contemplation de la beauté de sa femme, «Papa» paraît gêné par ce garçonnet au teint de porcelaine dont la mère extrait les comédons. Chez son fils, il semble exister surtout dans des rêveries troubles.

Comment grandit Poupée ? Dans une solitude abyssale peuplée de fantasmes que l’auteur décrit à l’économie et par le biais de raccourcis très audacieux.

Que ressent le lecteur? Du froid, de l’inconfort, du malaise, de la fascination! Il n’y a pas de pathos dans cette évocation de la perversion maternelle et grand-maternelle. Via des petites scènes d’anniversaires, de vacances ou de vie quotidienne, l’écriture de Julien Burri emprunte souvent les détours de l’allusion glaçante. Peu d’émotion non plus dans les pages où Poupée entre en métamorphose. Pourquoi tant de précautions? Une manière, sans doute, pour l’auteur de mettre ce drôle de Poupée à bonne distance.

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« Si seulement »
Françoise Delorme, Culturactif, mars 2009


Petits os écrasés sous les pas.
Cette image n'a pas fini de m'habiter, le bruit terrible qu'elle fait, surtout. Il est difficile d'avoir à écrire sur un petit livre aussi concentré, au vocabulaire si parcimonieux, à la structure si épurée que « Si seulement » de Julien Burri, paru aux éditions Samizdat qui nous offrent comme à l'habitude un bel objet à regarder et à méditer ; la belle couverture, photographie de Yann Amstutz, donne déjà à sentir une tension violente entre l'herbe et la neige…

Il vaudrait mieux faire court, car autrement, le risque est grand de ne jamais pouvoir en finir … tant chaque proposition soulève d'interprétations qui dépassent largement le point d'origine de ces poèmes que l'on peut lire comme un long poème en six mouvements : une rupture amoureuse. Un processus d'échos, propre à toute poésie mais ici particulièrement fécond, fait résonner tous les mots qui diffusent chacun les uns dans les autres, interfèrent les uns avec les autres. Ce jeu éveille autant d'émotions qu'il aiguise la réflexion.

Quelques noms communs, roulés, tournés, retournés, usés, déjà présents dans « Jusqu'à la transparence » le précédent livre de poèmes de Julien Burri, reviennent, toujours renaissants : l'humus, la neige, l'os, les mots d'un corps morcelé, les mains surtout, le jour, la nuit, des couleurs qui pâlissent, un cri… Quelques verbes essentiels : plier, déplier, replier, ouvrir, fermer. D'autres mots encore, mais ils sont pris dans la répétition de ceux-ci, mouvement inexorable et mortel : curieusement, ce mouvement presque insupportable intensifie la vie des mots, leur redonne une force singulière en incluant l'expression de la vie humaine dans celle de lois biologiques qui l'enracinent dans celle de la terre, travail permanent de décomposition, de recomposition, de décomposition :

L'enfant retourne la terre,
cherche les jours d'été
leurs feuillages repliés
incolores.

Résineux enfouis,
jours enfouis :
même chair.

Os
crocus
bêtes brûlées :
la lumière prend couleur et densité de boue.

Le monde respire comme quelqu'un ou l'inverse, dans l'alternance d'une inspiration et d'une expiration qui écartèlent autant qu'elles rapprochent :

Le jour figé
s'ouvre
se rompt
[…]
La nuit s'ouvre
s'écarte
se referme.

Jeu si complexe, si confus, si obtus parfois, de l'obscur et de la lumière…

Trois chapitres prennent corps dans l'enfance (toujours recommencée ?), déroulée à travers le monologue d'un père qui s'adresse à un fils, un dialogue de gestes entre un père et un fils, un dernier monologue lui aussi adressé par un fils à un père ; la mère institue la loyauté de ce rapport. Dans les trois autres chapitres, Depuis le train, Neige, Cendres, la vie et la mort se bousculent très violemment et surgissent comme l'une de l'autre. La vie se présente presque comme un accident perpétuel, poussée de quelque chose d'aussitôt détruit par une autre poussée ; métabolisme du poème, bien sûr, mais aussi métabolisme du désir qui se divise en un catabolisme dévastateur (qui n'est pas la mort, mais le principe négatif de la vie) et un anabolisme réparateur. Tous deux œuvrent dans la vie comme dans l'écriture, irrémédiablement partagées entre ces deux directions incompatibles et cependant créatrices : désir de l'un et désir du divisé, si bien rassemblés dans le titre déjà : si seulement….
Un verbe non encore cité revient souvent, il me semble comme une sorte de résumé du livre entier, c'est le verbe « déchirer ». Apte à signifier à la fois l'acte de naître et celui de mourir, il garantit curieusement la force du désir, un désir pris dans sa totalité, un désir qui ne s'use pas, qui ne s'userait pas, qui renaîtra différent :

Le désir de toi,
pierre non émoussée
déchire le ventre.


Les poèmes de ce livre possèdent la particularité de pouvoir être lus simultanément comme l'expression d'une difficile et banale rupture amoureuse et comme le cheminement d'une pensée symbolique riche et puissante. Le deuil d'un amour, en train de se faire, offre au poète la possibilité d'ériger un petit monument, fragile, fugace, douloureux et vivant, un monument de paroles qui fendent le silence et le modifient sans l'anéantir en laissant une question intacte, une question si lancinante, si essentielle qu'elle contient toutes les autres:

Que faire du cri ?

Cette question humaine, posée par le père au début du livre, lègue au fils une charge difficile, celle d'en perpétuer la puissance génératrice.

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« Si seulement »
Véronique Krähenbühl, Femina, 21 décembre 2008


Traces fugaces Dans son recueil, notre journaliste Julien Burri essaie de capter la fragilité de la vie.

De ses yeux très clairs, il s’émerveille des richesses du monde, mais se désespère de voir qu’elles sont éphémères. Car, oui, tout finit par disparaître. Le souvenir d’un être aimé s’estompe, la neige se transforme en eau, les sentiments dérivent et l’herbe se dérobe sous les pas.
Sans exubérance, en choisissant des métaphores d’une douce mélancolie, Julien Burri dévoile ses émotions avec des mots qu’il compare à des empreintes laissées sur le sable. On le sent vulnérable dans sa quête d’une relation fusionnelle mais jamais résigné puisque la vie vaut toujours la peine d’être vécue. Alors il essaie et recommence encore à vouloir capter l’imperceptible: «Tu t’éloignes et ton ombre grandit. Je ferme les poings pour garder. Le peu de lumière que tu laisses.» Né à Lausanne en 1980, Julien Burri signe son quatrième recueil. Sinon, il chante en amateur dans un groupe punk et travaille en pro à Femina, où personne ne s’étonne de le savoir poète. Il en a l’âme et surtout la sensibilité.

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« L'anthologie de la poésie romande d'hier à aujourd'hui »
Jacques Küpfer et Catherine Delafontaine-Küpfer, mai 2007


Julien Burri vit à Lausanne, cité qui l'a vu naître. Il y fait des études de lettres. Dans 'Journal à rebours', les poèmes d'amour nous dévoilent l'âme du poète, sa quête d'une relation fusionnelle, absolue... qui le rend vulnérable. La perte de l'âme soeur devient intolérable car elle implique l'anéantissement de tout son être. Il met à nu sa souffrance, ses mots percutants nous révèlent un être dépossédé de lui-même par l'abscence de l'autre. La mort se profile sur son corps morcelé. L'étrangeté se fond dans un surréalisme nostalgique.

« Impressions d'un lecteur à Lausanne »
Jean-Louis Kuffer, Bernard Campiche, mai 2007


En écho malicieux au précédent [Nicolas Page], par l'intitulé de « Je mange un boeuf » (2001), récit fort inégal mais prometteur lui aussi, Julien Burri (né en 1980) se fit remarquer initialement par un premier recueil de poèmes, « Journal à rebours » (2000), révélant un ton et une voix singuliers.

Le thème de la différence, à base sexuelle et psychologique, qui a fort marqué, moralement et esthétiquement, les oeuvres de Crisinel et de Roud, ressurgit chez Julien Burri dans une poésie à la fois sensuelle et glacialement ardente, si l'on ose dire, quelque peu menacée par l'évanescence dans son deuxième recueil intitulé « Jusqu'à la transparence » (2004). Mais peut-être est-ce du narrateur, qu'il y a aussi en Julien Burri, que nous avons le plus à attendre.

« Glaneur de trésors éphémères »
Léo Bolliger, 24 Heures, été 2004


« Amasser des trésors,/les rejeter dans la nuit. » Tiré du dernier recueil du jeune poète lausannois Julien Burri, ce très beau vers est à entendre comme la formulation d’un programme poétique, un programme d’écriture tout autant que de vie. A l’évidence, c’est celui que Burri s’emploie à suivre avec ferveur jour après jour, poème après poème, livre après livre.

De ses yeux qu’il sait précaires, condamnés d’avance à se refermer un jour à jamais sur l’obscurité, il regarde le monde, s’étonne et s’émerveille des richesses qui s’y déploient: l’herbe, la neige fragile, l’écorce d’un arbre, l’ombre fugitive d’un être aimé vue à travers une fenêtre, un pommier. Une inquiétude profonde accompagne ce travail d’arpentage mené en toute humilité (le « je » lyrique est à peine présent) sans la moindre fanfaronnade ou exubérance dans l’expression et le choix des mots: celle de savoir que tout est évanescent, que tout disparaît, change et se dérobe sans cesse à nous. Qu’à cela ne tienne, il vaut la peine, estime le poète, de ne pas renoncer pour autant à tenir en ses mains cette « neige sans racine » dont le caractère éphémère est à l’origine de la beauté et du mystère. Sa transparence diaphane n’éclaire-t-elle pas la nuit ?

Julien Burri se fait glaneur du peu, lequel n’en est pas moins précieux pour autant, de ce qui lui parvient bien souvent par le biais détourné d’un écho, d’un reflet ou de souvenirs seulement.

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« Jusqu’à la transparence »
Mireille Schnorf, La Presse Riviera Chablais, 24 juin 04


Le cinquième recueil de Julien Burri traque fiévreusement l’impermanence de toute chose. La main a beau serrer, la neige fuit en eau ; les yeux peuvent se fermer sur l’image aimée, elle s’évade. Entre oubli et morcellement, le jeune poète désespère de ce qui passe, de l’arbre qui croît oublieux des mains qui l’ont tenu, du reflet qui s’évanouit, du brouillard absorbant la maison. Le mot du poète retient, mais sans illusion, l’instant fugitif. Transparence du verbe raréfié d’une mélancolie infinie

« Le samedi Culturel »
Marion Graf, Le Temps, 01 mai 2004

Un carré noir sur fond blanc. Une toile abstraite. Voilà ce que Julien Burri, dans la note liminaire qui conclut son troisième recueil, avoue avoir tenté de réaliser au moyen des mots, s’employant à dire « l’impuissance à appréhender le monde ». Projet paradoxal qui, pour avoir été tenté par quelques-uns avant lui, ne va pas de soi pour autant. Patient, tenace, le jeune poète lausannois construit une parole cohérente, cherchant son équilibre entre une volonté d’abstraction et le pouvoir d’évocation et d’émotion du langage. « Essaye encore, même découragé/Même si ne restent que fragments… »

Dans les meilleurs poèmes, le corps disloqué, anxieusement rassemblé, transparaît à travers des motifs d’échos et de reflets : l’eau, la vitre, la neige. L’évanescence, l’oubli, l’angoisse de ce qui fuit, se dérobe et s’évapore sans trace miroite alors dans la transparence d’une parole brève et lapidaire. Très peu de verbes conjugués. Des infinitifs. Puis un « tu », un « nous », et aux toutes dernières pages, une présence furtive de la première personne : « La montagne se tait/Croit surprendre/Une pierre rouler…/ […] Elle ne t’a pas vu/Poser ta main sur mon cou. »

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Zürichsee-Zeitung; 26.07.2007
«Junges Schreiben in der Schweiz»
(6) Julien Burri über die Berge, den See, die Stadt

Ein Stil, so karg wie Berghänge

Der Lausanner Julien Burri ist ein feinsinniger, sprachbewusster Poet. In der Schweiz fühlt er sich zwar frei und wohl, gleichzeitig aber in mancher Hinsicht eingeengt und als Aussenseiter.

Roland Maurer

Ein grossgewachsener, feingliedriger, bleicher Mann mit blauen Augen und kahlem Schädel tritt ins imposante Lausanner Bahnhofbuffet 1. Klasse und grüsst mit sonorer Stimme. Es ist der 27-jährige Schriftsteller Julien Burri. «Ich liebe Bahnhöfe», sagt er, «es sind Orte der Bewegung, Leute kommen und gehen, Züge fahren ein und aus.» Und ganz besonders dieses Grandeur ausstrahlende alte Buffet hat es ihm angetan. «Das Décor ist für mich typisch schweizerisch», findet der junge Mann und betrachtet die grossflächigen Gemälde an den Wänden: Matterhorn, Bern, Montreux, Neuenburg, Genf mit seinem Jet d'eau - alles sehr idyllisch, leuchtend in den schönsten Farben. «Une Suisse créée, construite», meint er, eine konstruierte Schweiz, fern der Realität. Das Paradox: «Inmitten dieser Kulissen der Reinheit mit ihren grossartigen Bergen, Seen und hübschen Städten arbeiten heute praktisch nur Ausländer», gibt Burri zu bedenken. Und das entlarve für ihn die Künstlichkeit einer «identité suisse», die dem 19. Jahrhundert entsprungen sei. Heute sei die Schweiz für ihn ein Patchwork aus rückwärtsgewandter Idealisierung und globalen Realitäten.

Hier sitzt Julien Burri gerne alleine, nicht zum Schreiben, eher zum Beobachten. Manchmal spricht ihn jemand an, stellt eine banale Frage nach der Uhrzeit oder der Zeitung. «Daraus entsteht oft eine Diskussion, das mag ich.» Er spüre aber hier auch, dass er Aussenseiter sei; und dann befalle ihn ein Gefühl von Schrecken und Langeweile wie «an Sonntagen am Quai von Ouchy».

Neben den Mehrheiten

In mancher Hinsicht stehe er daneben an solchen Orten: im Buffet und am Quai, in der Schweiz, im Leben. Daneben und nicht bei der Mehrheit. Ein Einzelgänger: in der Minderheit innerhalb der Schweiz, als frankophoner Schweizer in der Minderheit an seinen kulturellen Fixpunkten Paris und Frankreich, als Poet, als bekennender Schwuler. Und während des Studiums der Kunstgeschichte und Filmästhetik habe er bald gemerkt, dass er «mit den Massen nicht vertraut» sei. Für die Schweiz als politisches System empfindet Julien Burri nichts, also auch nichts Negatives. Er schätze die Freiheit, seine Individualität ausleben zu können. Die Deutschschweizer, die so gerne Schweizerdeutsch reden, erschwerten es ihm zwar, in ihre Zirkel einzudringen. Wie selten von einem Romand zu hören, gesteht er aber gelassen: «Ich würde an ihrer Stelle auch Mundart reden. Das ist doch Teil ihrer Identität.»

Dass sich die Schweiz oft so sehr abkapsle vom Rest der Welt, stört ihn weniger, als dass es in ihm Erstaunen hervorruft: «C'est un miracle que cela tienne» - ein Wunder, dass das funktioniert. Freilich, so ganz wohl ist es ihm dabei nicht. «In einem neutralen Land zu leben, das Wissen darum, privilegiert zu sein in dieser Welt, das erzeugt bei mir gelegentlich Schuldgefühle», sinniert er. Was ihn an der Schweiz stört? Das Fehlen von guten Debatten, die Tatsache, dass alles so schnell der Kompromisswirtschaft untergeordnet wird. Auch die für ihn als Romand spürbaren Einflüsse des Calvinismus habe er abstreifen müssen: diese Arbeitsmoral, stets pünktlich sein, die Körperfeindlichkeit - «all das ist mühsam.» Vereinigende Elemente finde er in der Schweiz leider kaum, bedauert Julien Burri. Und manchmal komme es ihm vor, als werde das Land mit seiner Vielfalt über alle Sprachregionen hinweg nur durch Migros und Coop zusammengehalten. «Um die Schweiz zu erfassen, müsste man eigentlich wegreisen und sie von aussen betrachten.»

Überschaubare Grössen

Das hat er aber bisher nicht häufig getan - und als Rucksacktourist in die Ferne gezogen ist er schon gar nicht. Julien Burri ist an Orte gebunden, an Landschaften. Seine «Heimat» ist das Vertraute: Lausanne, der See, die Berge. An Lausanne schätzt er die «taille humaine», die überschaubare Grösse und das Gefühl der Unabhängigkeit, das er hier im Alltag empfindet. Dass diese Stadt für ihn ein «urbanistisches Dés-ordre» ist, verbucht er positiv: «Sie liegt am Hang, auf verschiedenen Ebenen, und das notwendige Rauf und Runter korrespondiert», so Burri, «gut mit meinen psychischen Schwankungen; ebenso wie die Berglandschaften rund um den Genfersee.» «Heimat» ist für den jungen Autor etwas Statisches, markiert aber im positiven Sinne auch Ruhemomente. Ganz im Gegensatz zum Schreiben: «Das ist ein Kampf. Wenn ich schreibe, stehe ich unter Strom.» Und doch haben die Schweiz und seine «Heimat» ihren Einfluss auf Burris Arbeit, genauer, auf seinen Stil. «Die Kargheit der schweizerischen Berg-Landschaft bewirkt», sagt der Lyriker, «dass ich meine Texte immer mehr reduziere, bis ich zur reinen Ökonomie der sprachlich-poetischen Mittel gelange; das heisst, bis dass es mir gelingt, genau das auszudrücken, was ich ausdrücken will.»

Ein Dichter im Elfenbeinturm? Nicht nur und nicht ganz. «Poesie schreiben ist für mich sehr politisch», betont Burri, «denn wer Lyrik schreibt, schwimmt gegen den Strom.» Und in den Alltag könne er sich schon auch stürzen. Als Nächstes wird von ihm eine Novellensammlung erscheinen: «Les Poupées» thematisiert sehr Schweizerisches - kleine, herzige, gartenzwergartige Dinge. Aber solche Dinge seien auch Teile seiner Identität, wie die Verwandtschaft und die Erziehung. «Ich flottiere nicht im Leben, vielmehr fühle ich mich als Resultat vieler Einflüsse», charakterisiert sich Julien Burri. Und: «Im Leben wie im Schreiben suche ich stets das Ideal. Das verschwindet aber meist, sobald ich meine, es gefunden zu haben.»

Biografisches

Julien Burri ist 1980 in Lausanne geboren, wo er Geschichte und Ästhetik des Films sowie Kunstgeschichte studierte. Dort arbeitet er als Autor und Journalist für Zeitungen und fürs Radio. Wichtigste literarische Werke: «La Punition», Gedichte (1997); «Journal à rebours», Gedichte (2000); «Je mange un bœuf», Prosa (2001); «Jusqu'à la transparence», Gedichte (2004). Premier Prix international des jeunes auteurs, 1997 (für Theater), 1998 (für Lyrik). Auf Deutsch erschienen: «Stratagèmes», Gedicht, übersetzt von Markus Hediger, in: Texte der Solothurner Literaturtage 1999.

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« Je mange un bœuf »
Baptiste Liger, Têtu N° 61, novembre 2001

On aurait pu croire à une publicité corporative pour le Syndicat des artisans bouchers. Mais ça paraissait gros, et le titre nous en rappelait un autre: Je mange un œuf, de l'écrivain-artiste Nicolas Pages, à qui Dustand dédia un pavé «prix-de-florisé». Comme l'ex-assistant de Nan Golding, Julien Burri (déjà auteur de plusieurs recueils de poèmes) vient de Suisse - la piste du clin d'œil se confirme donc. Il propose, avec Je mange un bœuf, un opuscule décrivant l'arrivée de Sébastien, un jeune garçon solitaire -qui «bandait pour son père»- dans une école d'art à priori respectable (où l'on étudie pas Caravage, car l'établissement est tourné «vers la modernité»). Là-bas, notre éphèbe espère croiser des «êtres intéressés aux mêmes choses, animés par les mêmes passions, par la quête du même idéal de beauté que lui». Bof. Au bout de quelques semaines, Sébastien «rencontre» Paul, «sa plus belle invention» -mais en on dira pas plus. Il faut bien avouer que, par moment, ce petit livre laisse le lecteur un peu perplexe et ne sachant guère comment avaler les bouffées «kitschou» (kitch et chou), comme la scène où Paul et Sébastien sont dans une barque «au milieu des nénuphars et des araignées d'eau»… La charge contre l'art contemporain (please stop!) ne convainc qu'à moitié. Mais l'objet, finement construit en minichapitres (jouant habilement de l'ellipse), s'avère pertinent lorsqu'il touche aux rapports entre rêve et création. Et quelques phrases ne manqueront pas d'amuser, telle cette interrogation métaphysique: «En quoi précisément avez-vous été interpellé par les tourtes?»

« Le samedi Culturel »
Isabelle Rüf, Le Temps, 22 septembre 2001


L’école cantonale d’art de Lausanne (ECAL) donne de l’appétit: Nicolas Pages y a publié en 1997 Je mange un Oeuf, à quoi fait écho Je mange un Bœuf de Julien Burri. Pour son premier ouvrage en prose, le jeune poète a choisi le ton de la satire. Les initiés apprécieront sans doute la caricature du directeur en autocrate burlesque et les piques (faciles) contre certaines errances de l’art contemporain. Dans un autre registre, cet opuscule fait aussi office de « roman de formation » : déclaration d’amour au père, règlements de compte avec la mère trop distante, découverte de l’Ami, le Pygmalion qui initie et dévore à la fois, émerveillement devant l’appétissante anatomie des garçons. Ces confessions sont murmurées sur un ton de dérision naïve, dans une esthétique kitsch avec des glissements oniriques. Elles rappellent les guirlandes de roses qui ornent parfois les œuvres de Gilbert et Georges. On voudrait être sûr que la crème de ce gâteau est bien parfumée à l’ironie. Mais comment un élève, même déçu des Beaux-Arts, un poète, en plus, peut-il laisser imprimer tant de fautes d’orthographes et de coquilles qui blessent l’œil ? Sans doute parce que : « Paul n’a pas le temps. Il s’en fiche. Il roule à toute allure vers sont (sic) destin.»

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De bons morceaux
J
ean-Louis KUFFER, 24 Heures du 11 septembre 2001

Je mange un boeuf, de Julien Burri, confirme la promesse d'un jeune talent.

Entré en littérature avec un recueil de poèmes (Journal à rebours, L'Aire, 2000) modulant les instances du désir d'une voix aussitôt personnelle et bien placée, Julien Burri, benjamin des lettres romandes, continue son parcours avec plus de mordant et d'originalité, en narrateur subtil et «gayment» grinçant.

Dès la première page de Je mange un boeuf, la couleur des préférences sexuelles de Sébastien (son protagoniste) est annoncée, qui confesse en avoir pincé, initialement, pour les fesses de son papa. Rêvant d'abord qu'il se marie avec ledit paternel, voyant peu sa mère qui lui prédit, en revanche, un avenir de grand artiste (typique narcissisme de maman), le garçon finit par en appeler à un ami «qu'il pourrait ingérer, digérer». Ce qu'attendant, il s'abandonne à «ce qu'il sait faire le mieux», à savoir rêver.

Le rêve de Sébastien est nourri d'affectivité frustrée et d'impatience sensuelle, que la forêt romantique, l'esprit du conte (le boeuf est un ange venu de l'enfance) et la fantasmagorie esthétique la plus kitsch (style Pierre et Gilles) vont nourrir tant bien que mal. Débarqué dans une école d'art où il espère «faire fructifier son imaginaire», Sébastien n'y découvrira que le vide prétentieux, la créativité mortifère et le verbiage faisandé d'un directeur manager à cigare et bagouse (le portrait fera sourire les Lausannois!), bientôt réduit à créer un fantôme d'ami qui ne comprendra pas vraiment que le boeuf de l'enfance vaut mieux que l'oeuf de certaine avant-garde mort-née.

De celle-ci procédait en effet Je mange un oeuf de Nicolas Pages, paru il y a deux ans, et qui se bornait à une sorte de décalque hyperréaliste - insignifiant à force de tautologie - du réel désenchanté. A l'opposé, Julien Burri réenchante celui-ci et l'observe avec la distance d'un humour à la fois gay et comme voilé de tristesse. Je mange un boeuf n'est, certes, encore qu'un embryon de livre, mais qui révèle un talent de narration et un regard sur le monde dont on peut attendre beaucoup plus.

Jean-Louis Kuffer

UTILE
Julien Burri, Je mange un boeuf, L'Aire, 2001, 60 pp. Epatantes couverture et mise en page d'I. Hediger Dumoulin, hélas gâchées par trop de coquilles, dont le terrible «satyre impitoyable» du prière d'insérer...

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Je mange un bœuf
Mireille Schnorf, La Presse Riviera-Chablais, 05 septembre 2001


Après son «Journal à rebours» publié à l'Aire l'an passé, le très jeune Julien Burri expulse quelques rêveries troubles d'adolescent solitaire. Ce serait, selon lui, la fin d'un cycle. Mais est-on vraiment sorti de la chrysalide à 21 ans? «Je mange un bœuf» est un curieux mélange de fantasmes et de satyre. Entre un père qu'il désire et la foule apathique et morne de l'école d'art où sa mère l'a poussé, Sébastien est mortellement seul. "Comment en est-il arrivé à préférer le rêve à la vie?» Son imagination débordante colonise, ou contamine peu à peu la réalité de faux-semblants et d'inculture des Beaux-Arts. «Il lui faut quelque chose à se mettre sous la dent». Il va se perdre, ou peut-être se trouver, dans la forêt, métaphore d'enfance, puis inventer un rituel où la manducation d'un bœuf, dont tous les os et tendons sont soigneusement nettoyés et rangés, conduit à la résurrection de l'animal. Obstinément, un autre rêve l'habite: trouver ou fabriquer un ami qui soit amant père et mère réunis. Il le voit autant qu'il l'imagine, le nomme Paul et entretient avec lui une vie fantasmatique où il joue alternativement les deux rôles. Et la dérive s'étend, gommant toute réalité et se poursuivant la nuit dans une ronde idéale de beaux garçons de hammam, de confessionnal ou d'arène. Naïveté ambiguë, délire et mélancolie se coulent dans une écriture quasi cinématographique.

Journal à rebours
Mireille Schnorf, La Presse Riviera-Chablais, 23 novembre 2000


Premier recueil d'un jeune homme de 20 ans, Julien Burri, ce «Journal à rebours» en quatre poèmes flotte dans un no man's land entre la perte, l'abandon et le rêve. L'amour perdu, sur le point de s'effacer et imaginé se décrit en images floues et nostalgiques. La nuit et l'oubli gomment peu à peu les contours de l'être aimé, que l'imagination recrée à fleur de peau ou de regard. La fugacité du souvenir qui effeuille les mains et le corps, est paradoxe de la vie en regard de la mort qui fige toutes choses. Mais l'esprit s'affole à retrouver des traces «J'essaie de te dessiner/Il me semble te trouver/Je t'oublie.» Les images de Julien Burri ont la beauté mouvante du soleil, de la pluie, des fleurs. «Si les nuages te voilent/Je me demande/Où s'enfuit le rouge des roses».

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La poésie prise à rebours
Monique Laederach, La Liberté, 06 janvier 2001

Le titre, Journal à rebours, assez peu poétique en fin de compte, indique en premier lieu, selon le poète, une chronologie inversée des textes, les plus anciens étant ceux de la première partie, « Désir ». Mais par sa pauvreté même, il annonce une approche de la poésie à rebours de plusieurs axes, peut-être de l’axe poétique lui-même. Dans sa brève postface, Philippe Saire relève fort justement qu’il y a un « sentiment de perte à lire Julien Burri ». Au niveau des mots employés en effet, les déperditions et les failles sont partout : l’autre, l’aimé, est déjà perdu dans la première partie (« Nous »), retranché derrière les « ne… plus », hors d’atteinte dans « Sous la neige » ; désiré, certes, mais constamment dérobé dans « Le Jour » ; et sérieusement décorporalisé dans la dernière partie : Mes yeux étaient/la seule façon pour moi/de vous toucher.

On ne peut pas cependant parler de poésie « visuelle », ici, où alors c’est une visualisation onirique, fantasmatique. L’autre – l’objet – quel qu’il soit, apparaît plutôt comme un mirage que comme une réalité. Mes ombres aussi sont un de tes nombreux prodiges/Mais je n’ose toucher ou encore : Ne soufflez pas sur le doux rêve que je me fais de vous.

Curieusement, la palette verbale du jeune poète (il a tout juste vingt ans) semble plus étendue dans les poèmes plus anciens. Il y a une simplicité du vocabulaire et de la structure grammaticale (presque aucune articulation, pas de subordonnée) à la limite de l’indigence. Sans doute est-ce alors le moment de retrousser le verbe, de le prendre « à rebours » pour lui faire rendre son lait ? Et, par exemple, mettre en un autre relief ce qui se passe « derrière les paupières » : pluies, gouffres, qui renvoient certes à la perte mais appellent aussi « les sentiers bordés de mélèzes, d’orage et de foudre », mieux noués sur la passion, et la passion féconde.

Il est néanmoins troublant que l’amour, sujet central sinon unique de ce recueil, passe et repasse constamment par la douleur, comme si la douleur seule était capable de restituer le corps. Ou bien la pudeur est trop grande et bloque encore le passage à la parole ? Un prochain recueil nous en dira plus là-dessus.

Julien Burri, poète de 19 ans
Elisabeth Chardon, Le Temps, lundi 12 avril 1999


Vainqueur des deux derniers Prix Jeunes auteurs, concours francophone pour écrivains de 15 à 19 ans, ce jeune Lausannois cherche de nouveaux modes d’expression. Portrait, à quelques jours de l’ouverture du Salon du livre genevois.

En une heure de discussion dans son appartement lausannois, nous n’avons pas évoqué Rimbaud. Pourtant, Julien Burri a 19 ans et écrit des poèmes, comme beaucoup de jeunes qui ont lu Le Bateau ivre. Mais lui commence à accumuler publications et récompenses ; il a reçu deux années de suite le Prix Jeunes auteurs – une fois pour un texte théâtral, la seconde pour un poème – et, en mai, il lira ses textes aux Journées Littéraires de Soleure. Surtout, il y a une force qui le rapproche encore de Rimbaud : il est un voyant, un intuitif particulièrement attentif aux autres. « J‘écoute, je suis attentif à moi, aux autres si possible », explique-t-il modestement. Tous ceux qui l’ont croisé sont surpris de son regard. Sans agressivité, sans dramatisation, il s’y inscrit simplement une clairvoyance peu fréquente. Et pas seulement à ce jeune âge. Une chance ? Lire les autres n’est pas toujours sans douleur, laisse-t-il entendre.

Ce qui distingue encore Julien des jeunes poètes de son âge, c’est qu’il a travaillé ce genre littéraire après être passé par la dramaturgie. « J’ai commencé à m’intéresser au théâtre il y a environ cinq ans, en suivant des cours chez Gérard Diggelmann. Les premières choses sont venues sous forme de théâtre. Je n’ai pas vraiment réfléchi. Maintenant cela vient sous forme de poésie. »

Il a assez vite pu publier dans de petites revues. Il évoque une « exubérante baronne » qui l’a introduit dans quelques « microcosmes » de poètes en France, en Suisse, mais aussi en Belgique ou en Angleterre. Surtout, il a su provoquer des rencontres avec « quelques personnes éclairantes » : « Je suis à un âge où je peux encore me permettre d’écrire aux gens pour leur demander simplement un rendez-vous. » Oh ! Il n’a pas cherché à rencontrer le Gotha parisien ! Mais les gens d’ici, sans doute plus capables d’un échange. Parmi ses personnalités phare, on trouve la photographe Suzi Pilet, le danseur et chorégraphe Philippe Saire, ou encore l’écrivain Gilbert Salem.

« Les gens auxquels je tiens le plus, je les ai rencontrés à travers l’écriture », remarque-t-il. Et il raconte comment un journaliste est entré dans la galerie où une petite exposition – des mots étaient accrochés en vitrine – fêtait le premier de ses Prix Jeunes auteurs afin de l’interviewer. L’histoire ne s’est pas arrêtée là puisque les deux hommes ont depuis choisi de vivre ensemble. Et Julien traduit ses textes en italien avec son ami, également auteur de poésie.

C’est un peu comme si l’écriture de Julien était contagieuse. Sa mère aussi a publié un livre il y a deux ans. Il a trouvé ça bien, « un peu come du Duras, avec beaucoup de blanc ». Sa mère travaille au CHUV. Son père vend des métaux d’usure pour les gravières. Ce fils unique dit qu’il a eu une enfance heureuse. « Je pensais que je resterais longtemps chez mes parents et puis tout d’un coup j’ai eu envie de partir, de vivre seul », dit-il simplement. C’était au début de l’année dernière. Une année forte puisque le collégien a aussi traversé de longues semaines de maladie, frappé par une méningite.

Pour Julien, l’écriture n’est pas quelque chose de régulier : « La première fois, j’avais 15 ans, j’étais très excité. Il fallait que ça sorte. Maintenant, je suis moins pressé, parce que j’ai changé de vie. Je suis beaucoup plus stable. J’ai un texte en route depuis une année et demi. J’aimerais chaque fois le tirer vers où je suis maintenant.» Julien écrit sur son ordinateur et souvent en musique. « Je peux choisir des choses plutôt mauvaises. C’est juste pour le rythme. Si c’était trop bien, j’écouterais, je n’écrirais plus. » Et pour que les mots s’enchaînent, « pour poser le pied », il lui faut d’abord du concret. « En commençant par un brin d’herbe, je peux ensuite parler de choses qui sont tout le contraire du palpable. J’aimerais évoquer la rose, la lune, et pourtant ne pas faire poésie type. Certains anciens poèmes me semblent trop juvéniles aujourd’hui. » Au gymnase, Julien a eu de la chance. Ses camarades ont ainsi répondu à la souscription lancée pour éditer une plaquette de ses poésies. Il faut dire que son professeur de français, Bernard Genier, qu’il a eu trois années de suite, propose à ses élèves de lui rendre tant des textes littéraires que des dissertations. C’est aussi au gymnase, dans le cadre d’un cabaret littéraire, qu’il a monté, avant le film de Cameron, son Titanic, L’Etreinte des sables, une pièce de théâtre, résultat d’une vieille passion. « J’avais été impressionné quand j’étais petit. Ils avaient retrouvé l’épave. Je suis même devenu membre de l’Association des amis du Titanic, au Massachussetts. Plus tard, quand j’ai écrit la pièce, je m’intéressais plus au phénomène comique que cela suscitait avec par exemple la mise au point de faux naufrages, en maquette. Le fait aussi qu’on va prélever des objets pour préserver l’histoire alors qu’en fait on l’efface. » La pièce a fait l’objet de plusieurs interprétations dont une à la Radio romande.

Julien achèvera son parcours au gymnase dans quelques mois. Il espère ensuite entrer aux Beaux-arts afin d’expérimenter d’autres formes d’expression que l’écriture. Dans sa bibliothèque, les livres s’alignent impeccablement : « Je lis, je relis surtout. En poésie, il faut déchiffrer comme un blason : Supervielle, Genet, Badelaire, Cocteau, Pasolini. Mais il faut un peu oublier quand on écrit. »

Et, quand il n’écrit pas, qu’il ne lit pas, que fait Julien ? « Je rencontre des amis, je vais dans les musées, au théâtre, au cinéma, à la Cinémathèque », nuance-t-il. Il aime aussi rester dans un intérieur visiblement soigné. Mais le jeune homme donne un sens à ce soin extrême. « J’aime bien faire le ménage, faire de l’ordre. Ça permet de savoir où on est. J’aime bien aussi prendre un bain. De toute façon le temps passe assez vite ».

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